CPF : qui finance réellement la formation lorsque les droits ne suffisent pas ?
Financement de la formation Dimitri Jorand
Une étude de la Dares publiée le 5 juin 2025 précise la composition réelle du financement des formations mobilisées via le CPF. Droits suffisants, reste à charge, abondement employeur ou France Travail : ce que montrent les chiffres pour les employeurs et les organismes de formation.
Le compte personnel de formation donne l'image d'un dispositif où le titulaire finance librement sa formation avec des droits accumulés au fil de sa carrière. La réalité, mesurée par la Dares dans son Focus n° 27 publié le 5 juin 2025, est plus nuancée. Pour la grande majorité des utilisateurs, les droits CPF suffisent effectivement à couvrir la totalité du coût pédagogique. Mais pour une minorité significative, un financement complémentaire est nécessaire, qu'il vienne du titulaire lui-même, de France Travail, de l'employeur ou d'un autre acteur institutionnel.
Cette question du financement réel du CPF concerne directement les employeurs du secteur sanitaire et médico-social, qui voient leurs salariés mobiliser leur compte personnel pour des formations qualifiantes, ainsi que les organismes de formation qui doivent composer avec des utilisateurs dont le budget est parfois contraint. Comprendre qui paie quoi, dans quelle proportion et selon quel profil, permet d'anticiper les arbitrages des salariés et de sécuriser les modèles de financement proposés.
Cet article s'appuie exclusivement sur les données publiées par la Dares dans son étude du 5 juin 2025, portant sur les utilisateurs du CPF entrés en formation en septembre 2022, complétées par les textes réglementaires sur la participation forfaitaire du titulaire.
Le CPF ne suffit pas toujours : ce que montre la Dares
L'étude de la Dares porte sur les utilisateurs qui mobilisent leur CPF sans intermédiaire et entrent en formation en septembre 2022, hors formations issues d'une démarche commerciale ou d'une utilisation forcée du compte. Elle précise qu'entre novembre 2019, date de mise en place du parcours d'achat direct via Mon Compte Formation, et fin 2023, 4,7 millions de personnes se sont formées en mobilisant leur CPF.
Le résultat central de l'étude est le suivant : 84 % des utilisateurs entrés en formation en septembre 2022 financent la totalité du coût pédagogique de leur formation avec les droits disponibles sur leur compte. Pour les 16 % restants, un financement complémentaire est nécessaire, et il prend des formes différentes selon les situations.
La composition réelle du financement complémentaire
Le tableau publié par la Dares détaille précisément la répartition de ce financement complémentaire, qui concerne 16 % des utilisateurs entrés en formation en septembre 2022.
| Mode de financement | Part des utilisateurs entrés en formation |
|---|---|
| CPF uniquement (droits suffisants) | 84 % |
| Financement du titulaire via Mon Compte Formation | 11,6 % |
| Abondement de France Travail uniquement | 3,3 % |
| Dotation de l'employeur uniquement | 0,5 % |
| Abondement d'un Opco, d'un conseil régional ou de l'État uniquement | 0,2 % |
Parmi les utilisateurs qui paient eux-mêmes une partie du coût pédagogique via Mon Compte Formation, la Dares précise la répartition des montants engagés : 49 % déboursent moins de 250 euros, 33 % entre 250 et 1 000 euros, et 18 % 1 000 euros ou plus. Ces montants concernent la période étudiée, antérieure à la mise en place, en mai 2024, de la participation financière obligatoire du titulaire, qu'il ne faut pas confondre avec ce reste à charge volontaire lié à un coût pédagogique supérieur aux droits disponibles.
La participation forfaitaire du titulaire, un mécanisme distinct
Depuis la loi de finances pour 2023 et son décret d'application, l'article L6323-7 du Code du travail prévoit une participation obligatoire du titulaire du compte personnel de formation lorsqu'il mobilise ses droits, sauf exceptions prévues par le texte réglementaire. Ce reste à charge a été fixé à 100 euros, avec une clause de revalorisation annuelle. Ce mécanisme, entré en vigueur en mai 2024, s'ajoute à la logique décrite par la Dares : même lorsque les droits CPF suffisent à couvrir le coût pédagogique, le titulaire doit désormais s'acquitter de cette participation forfaitaire pour déclencher le financement de sa formation, sauf s'il relève d'un des cas d'exonération prévus par le décret.
Cette distinction est importante pour les employeurs et les organismes de formation : le reste à charge mesuré par la Dares en 2022 concerne l'écart entre le coût pédagogique et les droits disponibles, tandis que la participation forfaitaire de 100 euros est un ticket modérateur appliqué indépendamment du solde de droits, à chaque mobilisation du compte.
Des écarts selon les publics et le contexte de mobilisation
La Dares montre que le comportement des utilisateurs varie fortement selon leur situation. Un utilisateur sur six connaît déjà le CPF au début de sa recherche de formation et choisit d'attendre d'accumuler davantage de droits avant de s'inscrire, dont 12 % pour financer l'intégralité de la formation et 4 % pour réduire leur reste à charge. Cette stratégie d'attente est plus fréquente chez les utilisateurs mobilisant leur CPF en vue d'un départ à la retraite ou parce que leur solde atteint son plafond, avec 17 % d'entre eux qui attendent avant de s'inscrire.
Le choix de l'organisme de formation est également influencé par la contrainte budgétaire. La moitié des utilisateurs comparent les offres de plusieurs organismes avant de choisir, une proportion qui grimpe à 58 % chez ceux qui financent une partie du coût pédagogique eux-mêmes, et à 66 % chez ceux qui bénéficient d'un financement complémentaire externe. Un quart des utilisateurs, toutes situations confondues, sélectionnent l'organisme de formation en fonction du prix proposé, une proportion qui atteint 30 % chez ceux qui contribuent eux-mêmes au coût pédagogique.
Enfin, la Dares mesure un impact concret sur le quotidien des utilisateurs : 19 % d'entre eux déclarent que l'ensemble des coûts financiers liés à leur participation à la formation pèse sur leur quotidien. Cette proportion varie fortement selon l'âge, de 24 % chez les moins de 30 ans à 6 % chez les 60 ans et plus, et selon la situation financière déclarée, de 29 % chez les personnes en situation difficile à 9 % chez celles qui se disent à l'aise financièrement.
Conséquences pour les employeurs du secteur santé
Pour un établissement sanitaire, social ou médico-social, ces données ont une portée opérationnelle directe. Un salarié qui mobilise son CPF pour une formation qualifiante dans le secteur peut se heurter à un reste à charge lorsque le coût pédagogique dépasse ses droits disponibles, une situation qui concerne 16 % des utilisateurs selon la Dares. Ce reste à charge peut freiner l'engagement du salarié dans une démarche de formation, en particulier pour les formations longues ou spécialisées dont le coût dépasse fréquemment le solde de droits d'un agent ou d'un salarié n'ayant pas encore accumulé de montant important.
L'employeur dispose de leviers pour limiter ce frein, notamment via les dotations volontaires ou correctives sur le compte du salarié, ou en orientant les salariés vers des dispositifs complémentaires comme le plan de développement des compétences ou les financements mobilisables via l'OPCO Santé. La faible part des dotations employeur observée par la Dares en 2022, à 0,5 % des cas, suggère une marge de progression pour les établissements qui souhaitent sécuriser la montée en compétences de leurs équipes sans reporter entièrement l'effort financier sur le salarié.
- Vérifier le solde de droits CPF du salarié avant de valider un projet de formation coûteux, pour anticiper un éventuel reste à charge.
- Informer les salariés sur la possibilité de combiner le CPF avec d'autres dispositifs, notamment le plan de développement des compétences ou les financements de l'OPCO Santé.
- Évaluer l'opportunité d'une dotation employeur volontaire pour les formations stratégiques pour l'établissement, en particulier sur les métiers en tension.
- Anticiper que la participation forfaitaire du titulaire s'applique indépendamment du solde de droits, sauf exonération prévue par le décret applicable.
- Communiquer clairement sur les délais, car un utilisateur sur six attend d'accumuler des droits avant de s'inscrire, ce qui peut retarder un projet de formation prioritaire pour l'établissement.
Conséquences pour les organismes de formation
Pour un organisme de formation, ces résultats confirment que le prix reste un critère de sélection déterminant pour une part significative des utilisateurs du CPF, en particulier ceux qui doivent compléter leur financement. La moitié des utilisateurs comparent les offres, et un quart choisit l'organisme en fonction du prix. Un organisme qui positionne ses formations dans une fourchette de coût proche du solde moyen de droits CPF limite ainsi le risque de dissuasion lié au reste à charge.
La transparence sur le coût pédagogique réel, avant l'inscription, devient également un enjeu de confiance : la Dares relève que les utilisateurs négocient peu les caractéristiques de leur formation, avec 53 % qui n'ont pas la possibilité de modifier la formation proposée. Un organisme qui explique clairement, en amont, la part couverte par le CPF et le reste à charge éventuel réduit le risque d'abandon en cours de démarche.
« Le reste à charge pose autant une question de lisibilité qu'une question de montant. Un salarié qui comprend précisément ce qu'il doit payer et pourquoi s'engage plus facilement dans sa formation. » Dimitri Jorand, gérant de DEMETER SANTE
Ce qu'il faut retenir et les actions à engager
Le financement du CPF n'est pas uniforme. Pour 84 % des utilisateurs, les droits accumulés suffisent à couvrir intégralement le coût pédagogique. Pour les 16 % restants, le financement complémentaire vient très majoritairement du titulaire lui-même, dans une proportion beaucoup plus faible de France Travail, et de manière marginale de l'employeur ou d'autres acteurs institutionnels. À cela s'ajoute, depuis mai 2024, une participation forfaitaire obligatoire du titulaire, distincte de ce mécanisme de reste à charge lié à l'insuffisance des droits.
Pour un employeur du secteur sanitaire et médico-social, l'enjeu est d'anticiper ces situations de reste à charge sur les formations qualifiantes stratégiques, en mobilisant les compléments de financement disponibles. Pour un organisme de formation, l'enjeu est de rendre lisible le coût réel d'une formation avant l'inscription. DEMETER SANTE accompagne les établissements dans le choix des dispositifs les plus adaptés à chaque situation individuelle, qu'il s'agisse du CPF, du plan de développement des compétences ou des financements ANFH. Pour construire un parcours de financement adapté à vos équipes, vous pouvez nous contacter ou demander un devis, et consulter notre offre de formations.
Ce sujet du financement de la formation continue par ailleurs de se transformer sur d'autres dispositifs, notamment l'apprentissage, dont la réforme entrée en vigueur en juillet 2025 modifie profondément le modèle de financement des CFA et des employeurs, un point détaillé dans notre article sur la réforme du financement de l'apprentissage. Avant tout engagement, comparez le coût total annoncé, le reste à charge réel et la date effective de prélèvement, puis conservez la trace écrite de ces éléments dans le dossier du salarié concerné.
Pour aller plus loin : Formation dans la FPH : ce que le bilan ANFH 2024 dit des parcours professionnels, Le TKI, un outil pour négocier et choisir sa posture face au conflit, Compétences psychosociales : ce que les nouvelles données disent de l'apprentissage et du bien-être, Rapport d'activité CNFPT 2025 : ce que les chiffres révèlent des besoins territoriaux.
Questions fréquentes
Quelle part des utilisateurs du CPF finance sa formation uniquement avec ses droits ?
Selon la Dares, 84 % des utilisateurs entrés en formation en septembre 2022 financent la totalité du coût pédagogique avec leurs droits CPF disponibles, sans avoir besoin de financement complémentaire.
Qui finance le reste à charge quand les droits CPF ne suffisent pas ?
La Dares indique que le titulaire lui-même finance la part complémentaire dans 11,6 % des cas via Mon Compte Formation, France Travail dans 3,3 % des cas, l'employeur dans 0,5 % des cas, et un Opco, un conseil régional ou l'État dans 0,2 % des cas.
Quelle est la différence entre le reste à charge et la participation forfaitaire du CPF ?
Le reste à charge mesuré par la Dares correspond à l'écart entre le coût pédagogique de la formation et les droits disponibles sur le compte. La participation forfaitaire, fixée à 100 euros et entrée en vigueur en mai 2024, est un montant obligatoire dû par le titulaire à chaque mobilisation du compte, indépendamment de ce solde.
Les coûts de formation pèsent-ils sur le quotidien des utilisateurs du CPF ?
Oui pour une partie d'entre eux. La Dares mesure que 19 % des utilisateurs entrés en formation en septembre 2022 déclarent que l'ensemble des coûts liés à leur formation pèse sur leur quotidien, avec des écarts importants selon l'âge et la situation financière déclarée.
Le prix influence-t-il le choix de l'organisme de formation ?
Oui. La Dares indique qu'un quart des utilisateurs sélectionnent l'organisme de formation en fonction du prix proposé, une proportion qui atteint 30 % chez ceux qui participent eux-mêmes au financement du coût pédagogique.
Comment un employeur du secteur santé peut-il limiter le reste à charge d'un salarié ?
L'employeur peut mobiliser une dotation volontaire ou corrective sur le compte du salarié, ou combiner le CPF avec d'autres dispositifs comme le plan de développement des compétences ou les financements de l'OPCO Santé, pour couvrir un coût pédagogique supérieur aux droits disponibles.
L'étude de la Dares tient-elle compte de la participation forfaitaire de 100 euros ?
Non. L'étude porte sur des entrées en formation en septembre 2022, avant la mise en place de la participation forfaitaire obligatoire du titulaire en mai 2024. Les données décrivent donc uniquement le reste à charge lié à l'insuffisance des droits disponibles.
Questions fréquentes
- Quelle part des utilisateurs du CPF finance sa formation uniquement avec ses droits ?
- Selon la Dares, 84 % des utilisateurs entrés en formation en septembre 2022 financent la totalité du coût pédagogique avec leurs droits CPF disponibles, sans avoir besoin de financement complémentaire.
- Qui finance le reste à charge quand les droits CPF ne suffisent pas ?
- La Dares indique que le titulaire lui-même finance la part complémentaire dans 11,6 % des cas via Mon Compte Formation, France Travail dans 3,3 % des cas, l'employeur dans 0,5 % des cas, et un Opco, un conseil régional ou l'État dans 0,2 % des cas.
- Quelle est la différence entre le reste à charge et la participation forfaitaire du CPF ?
- Le reste à charge mesuré par la Dares correspond à l'écart entre le coût pédagogique de la formation et les droits disponibles sur le compte. La participation forfaitaire, fixée à 100 euros et entrée en vigueur en mai 2024, est un montant obligatoire dû par le titulaire à chaque mobilisation du compte, indépendamment de ce solde.
- Les coûts de formation pèsent-ils sur le quotidien des utilisateurs du CPF ?
- Oui pour une partie d'entre eux. La Dares mesure que 19 % des utilisateurs entrés en formation en septembre 2022 déclarent que l'ensemble des coûts liés à leur formation pèse sur leur quotidien, avec des écarts importants selon l'âge et la situation financière déclarée.
- Le prix influence-t-il le choix de l'organisme de formation ?
- Oui. La Dares indique qu'un quart des utilisateurs sélectionnent l'organisme de formation en fonction du prix proposé, une proportion qui atteint 30 % chez ceux qui participent eux-mêmes au financement du coût pédagogique.
- Comment un employeur du secteur santé peut-il limiter le reste à charge d'un salarié ?
- L'employeur peut mobiliser une dotation volontaire ou corrective sur le compte du salarié, ou combiner le CPF avec d'autres dispositifs comme le plan de développement des compétences ou les financements de l'OPCO Santé, pour couvrir un coût pédagogique supérieur aux droits disponibles.
- L'étude de la Dares tient-elle compte de la participation forfaitaire de 100 euros ?
- Non. L'étude porte sur des entrées en formation en septembre 2022, avant la mise en place de la participation forfaitaire obligatoire du titulaire en mai 2024. Les données décrivent donc uniquement le reste à charge lié à l'insuffisance des droits disponibles.