IA générative en santé : utiliser la méthode AVEC de la HAS au quotidien

Numérique et IA en santé Dimitri Jorand

La HAS a publié le 30 octobre 2025 une méthode en quatre étapes, Avant, Vérifier, Évaluer, Communiquer, pour encadrer l'usage quotidien de l'IA générative par les professionnels de santé et du médico-social.

La Haute Autorité de Santé a publié le 30 octobre 2025 une prise de position intitulée « L'IA générative en santé : oui, avec un usage responsable ». Elle propose une méthode en quatre temps, Avant, Vérifier, Évaluer, Communiquer, pour encadrer l'usage quotidien des outils d'IA générative par les professionnels de santé et du médico-social. Cette méthode ne constitue pas un avis médical individuel et ne dispense pas du contrôle professionnel systématique sur chaque production de l'outil.

Ce que dit la HAS, et ce que le texte n'est pas

La publication du 30 octobre 2025 de la Haute Autorité de Santé constitue une prise de position institutionnelle sans portée normative ni valeur de référentiel de certification. Elle s'adresse aux professionnels de santé, aux établissements et aux organismes de formation, pour donner un cadre de bon usage des outils d'IA générative, du type assistant conversationnel ou outil de rédaction automatisée, déjà largement utilisés au quotidien, parfois de façon informelle.

La HAS ne recommande ni n'interdit l'usage de ces outils. Elle pose une condition : que cet usage reste responsable, encadré par une vérification systématique du professionnel, et qu'il ne se substitue jamais à une décision clinique ou médico-sociale individuelle. Cet article ne fournit lui-même aucun avis médical individuel et ne doit pas être utilisé comme tel.

Cette prise de position se distingue d'une recommandation de bonne pratique clinique classique, dont l'élaboration suit une méthodologie spécifique de la HAS avec revue de littérature et groupe de travail pluridisciplinaire. Il s'agit ici d'un texte de cadrage plus court, pensé pour être diffusable rapidement auprès des équipes de terrain, dans un contexte où l'usage des outils d'IA générative progresse plus vite que les cadres formels destinés à l'encadrer.

La méthode AVEC en quatre temps

Avant

Avant toute utilisation, le professionnel doit se demander si l'outil est adapté à la tâche envisagée, s'il traite des données de santé identifiantes, et si son usage est couvert par les règles internes de l'établissement. Un outil grand public non validé par la DSI ne devrait jamais recevoir de données de santé identifiantes, quelle que soit la simplicité apparente de la tâche.

Cette étape suppose aussi de vérifier le statut de l'outil au regard des rôles définis dans le cadre européen sur l'IA : un professionnel qui utilise un outil conversationnel générique agit comme simple utilisateur final, tandis que l'établissement qui déploie officiellement cet outil dans ses services devient déployeur, avec des obligations propres. Cette distinction, sans lien direct avec la méthode AVEC elle-même, conditionne une partie de la vigilance contractuelle à exercer avant l'adoption d'un outil.

Vérifier

Toute production d'un outil d'IA générative doit être vérifiée avant tout usage, qu'il s'agisse d'un compte rendu, d'une synthèse ou d'un support de communication. Les outils génératifs peuvent produire des informations fausses présentées avec assurance, un phénomène documenté et désigné par le terme d'hallucination. Le professionnel reste seul responsable du contenu final qu'il utilise ou transmet.

La vérification suppose un examen approfondi, au-delà d'une relecture rapide. Elle suppose de confronter les éléments factuels produits, dates, noms de médicaments, posologies éventuelles, aux sources fiables déjà connues du professionnel, et de rester particulièrement attentif lorsque l'outil formule une réponse avec une assurance qui ne reflète aucune incertitude réelle. Un texte fluide et bien structuré n'est pas un gage d'exactitude.

Évaluer

Au-delà de la vérification ponctuelle, la HAS invite les équipes à évaluer dans la durée la pertinence de l'outil pour l'usage retenu : gain de temps réel, taux d'erreurs constaté, retours des professionnels et des personnes accompagnées. Cette évaluation continue rejoint la logique de développer et évaluer une IA en santé : les précautions attendues par la CNIL, transposable à l'évaluation d'un outil numérique.

Communiquer

Le recours à un outil d'IA générative doit pouvoir être communiqué, en interne comme, le cas échéant, aux personnes concernées. Cette transparence facilite la confiance et permet de recueillir des retours utiles à l'amélioration des pratiques. Elle rejoint les principes de IA dans l'éducation et la formation : les réflexes CNIL pour protéger les données.

Pourquoi ces quatre étapes forment un cycle et non une liste

La HAS présente ces quatre temps comme un enchaînement logique, mais leur intérêt réside surtout dans leur répétition. Un outil validé lors de l'étape « Avant » puis vérifié pendant plusieurs semaines doit repasser par l'étape « Évaluer » avant toute généralisation, et les résultats de cette évaluation doivent être communiqués avant d'envisager une extension à d'autres services. Un établissement qui ne repasse pas régulièrement par les quatre étapes prend le risque de figer un usage sur la base d'une première impression favorable, sans vérifier si elle se confirme dans la durée.

Étape AVECQuestion à se poserRisque si l'étape est sautéeBonne pratique associée
AvantL'outil est-il autorisé et adapté à la tâche envisagée ?Fuite de données de santé identifiantes vers un service non maîtriséVérifier la liste des outils validés par la DSI avant tout essai
VérifierLe contenu produit est-il exact et cohérent avec les faits connus ?Diffusion d'une information erronée présentée comme fiableConfronter systématiquement les faits cités à une source fiable connue
ÉvaluerL'outil apporte-t-il un bénéfice mesurable dans la durée ?Maintien d'un outil inadapté par habitude, sans gain réelSuivre un indicateur simple sur plusieurs semaines avant généralisation
CommuniquerL'usage de l'outil est-il connu des équipes et, si besoin, des usagers ?Perte de confiance en cas de découverte non anticipéeInformer par écrit les équipes concernées dès la phase pilote

Deux cas concrets d'usage

Dans un cabinet de médecine générale, un praticien utilise un outil d'IA générative pour préparer une trame de courrier de sortie à partir de notes de consultation anonymisées. La méthode AVEC l'amène à vérifier, avant l'usage, que l'outil choisi est hébergé de façon conforme et ne conserve pas les données saisies à des fins d'entraînement. Après génération, il relit systématiquement le texte produit et corrige toute information incohérente avant de le transmettre. Le patient est informé que la trame a été préparée avec l'aide d'un outil numérique, sous contrôle du praticien.

Dans un service qualité d'un établissement médico-social, une équipe utilise un outil d'IA générative pour rédiger une première version de compte rendu de réunion à partir d'un enregistrement. L'étape « Évaluer » conduit l'équipe à mesurer, après trois mois d'usage, le temps réellement gagné et le nombre de corrections nécessaires. Le résultat, jugé satisfaisant, est communiqué au reste de l'établissement, avec un rappel explicite que les comptes rendus restent relus et validés par un professionnel avant diffusion.

Cas concret : un service de gériatrie en centre hospitalier

Dans un service de gériatrie, un interne a utilisé un outil d'IA générative pour synthétiser un dossier patient volumineux avant une consultation, sans validation préalable du chef de service. La synthèse produite omettait une allergie médicamenteuse pourtant mentionnée dans le dossier, information qui n'a été détectée que grâce à la vérification systématique effectuée par le senior encadrant, conformément à l'étape « Vérifier » de la méthode. Cet incident, sans conséquence pour le patient, a conduit le service à formaliser une règle interne interdisant l'usage de ce type d'outil pour la synthèse de dossiers complexes sans double lecture, et à l'intégrer dans le programme d'accueil des internes.

Confidentialité des données de santé : un point non négociable

La confidentialité des données de santé reste une exigence centrale, indépendamment de la qualité perçue de l'outil d'IA générative utilisé. Un outil grand public, accessible gratuitement, ne présente pas nécessairement les garanties d'hébergement et de traitement exigées pour des données de santé identifiantes. La vérification de ces garanties relève du responsable de traitement de l'établissement, en lien avec le délégué à la protection des données, avant toute généralisation d'un usage.

Cette exigence rejoint les positions déjà exprimées par la CNIL sur l'usage de l'IA générative dans le secteur de la santé, ainsi que les repères déjà publiés sur les schéma directeur immobilier en santé : piloter un projet qui relie soins, usages et climat.

Limites de l'IA générative et rôle du contrôle professionnel

Un outil d'IA générative n'a ni compréhension clinique, ni responsabilité juridique. Il produit un texte statistiquement plausible à partir d'une requête, sans garantie d'exactitude factuelle. Cette limite structurelle explique pourquoi la méthode AVEC place le contrôle professionnel au centre du dispositif, à chaque étape, et non comme une simple précaution de fin de parcours. Un établissement qui structure sa prescription sociale : comprendre le dispositif avant de l'intégrer à un parcours intègre naturellement cette exigence de contrôle dans ses procédures internes.

Le recours à l'IA générative ne dispense pas non plus les équipes d'un travail de fond sur la publication des résultats d'évaluation des ESSMS : obligations et méthode de communication, dans laquelle les usages numériques doivent désormais trouver leur place, au même titre que les risques organisationnels plus classiques. Cette articulation permet d'éviter que l'IA générative devienne un angle mort de la gestion des risques, alors même que son usage se généralise rapidement dans les équipes.

Ce que votre organisation peut faire maintenant

Un établissement peut commencer par identifier les usages informels de l'IA générative déjà présents chez les professionnels, souvent antérieurs à toute politique interne. Un métiers émergents en santé : intégrer de nouvelles expertises sans désorganiser les équipes permet de distinguer les usages à risque limité des usages qui nécessitent un encadrement renforcé, notamment lorsque des données de santé identifiantes sont en jeu.

La seconde étape consiste à diffuser la méthode AVEC dans les formations internes et les fiches réflexes remises aux équipes, en insistant sur le fait que la vérification humaine n'est jamais optionnelle. Une formation dédiée à la maîtrise de l'IA avec un programme de formation démontrable peut structurer cette montée en compétence.

  1. Recenser les usages actuels, y compris informels, de l'IA générative dans l'établissement, en interrogeant directement les équipes plutôt qu'en présumant leur absence.
  2. Vérifier, pour chaque outil recensé, les garanties de confidentialité applicables aux données de santé, en demandant une réponse écrite du fournisseur en cas de doute.
  3. Diffuser la méthode AVEC dans une fiche réflexe accessible à toutes les équipes, affichée si possible directement dans les espaces de travail concernés.
  4. Former les professionnels à la détection des erreurs et incohérences produites par l'outil, avec des exemples réels tirés du contexte de l'établissement.
  5. Instaurer une relecture et une validation professionnelle systématique avant tout usage externe, sans exception liée à la charge de travail du moment.
  6. Évaluer périodiquement le bénéfice réel et les incidents constatés pour chaque usage retenu, en s'appuyant sur le circuit de signalement des événements indésirables déjà existant.
  7. Communiquer en interne et, si pertinent, aux personnes accompagnées, sur les outils utilisés, y compris lorsque l'évaluation révèle des limites à corriger.
  8. Ajuster ou retirer les usages qui ne répondent pas aux exigences de confidentialité ou de fiabilité, sans attendre un incident grave pour agir.
  • La méthode AVEC est connue et diffusée auprès des équipes concernées.
  • Aucune donnée de santé identifiante n'est saisie dans un outil non validé par l'établissement.
  • Chaque production de l'outil fait l'objet d'une vérification humaine avant usage.
  • Un indicateur simple permet d'évaluer le bénéfice réel de chaque usage retenu.
  • L'usage de l'outil est communiqué en interne et, si pertinent, aux personnes accompagnées.
  • Le délégué à la protection des données a validé les garanties de confidentialité des outils utilisés.
  • Aucun usage ne remplace une décision clinique ou médico-sociale individuelle.
  • Les incidents liés à une production erronée sont signalés via le circuit existant de retour d'expérience.
  • Les nouveaux professionnels arrivants sont informés de la méthode AVEC dès leur accueil.

Conclusion

La méthode AVEC de la HAS donne aux professionnels de santé et du médico-social un repère simple pour encadrer l'usage quotidien de l'IA générative, sans en interdire ni en imposer l'usage. Avant, Vérifier, Évaluer, Communiquer : ces quatre étapes rappellent que la valeur de ces outils dépend entièrement de la rigueur du contrôle professionnel qui les entoure. Aucune production d'IA générative ne remplace le jugement d'un professionnel formé, et aucune donnée de santé identifiante ne devrait transiter par un outil dont les garanties de confidentialité n'ont pas été vérifiées.

Questions fréquentes

Que signifie la méthode AVEC de la HAS ?

AVEC désigne quatre étapes : Avant l'usage, vérifier l'adaptation de l'outil et les données concernées. Vérifier le contenu produit avant de l'utiliser. Évaluer le bénéfice réel de l'outil dans la durée. Communiquer sur son usage en interne et auprès des personnes concernées.

La méthode AVEC est-elle obligatoire pour les professionnels de santé ?

Non. Il s'agit d'une prise de position de la HAS, publiée le 30 octobre 2025, qui propose une méthode de bon usage sans créer d'obligation juridique nouvelle.

Peut-on saisir des données de santé identifiantes dans un outil d'IA générative grand public ?

Cet article ne fournit aucun avis médical ou juridique individuel. Sur le plan général, la confidentialité des données de santé impose de vérifier au préalable les garanties d'hébergement et de traitement de l'outil, souvent absentes des outils grand public non validés par l'établissement.

Un contenu produit par une IA générative peut-il être utilisé sans relecture ?

Non. La méthode AVEC impose une vérification systématique de toute production avant usage, car ces outils peuvent générer des informations inexactes présentées de façon assurée.

Comment évaluer si un outil d'IA générative est utile dans une équipe ?

L'étape Évaluer de la méthode AVEC recommande de suivre dans la durée des indicateurs simples, comme le temps réellement gagné et le nombre de corrections nécessaires après usage.

L'usage de l'IA générative doit-il être communiqué aux patients ou aux résidents ?

La méthode AVEC encourage cette communication lorsque c'est pertinent, afin de maintenir la confiance et de recueillir des retours utiles à l'amélioration des pratiques.

Cet article remplace-t-il un avis médical ?

Non, en aucun cas. Cet article présente une méthode générale de bon usage et ne constitue ni un avis médical ni un avis juridique individuel.

Questions fréquentes

Que signifie la méthode AVEC de la HAS ?
AVEC désigne quatre étapes : Avant l'usage, vérifier l'adaptation de l'outil et les données concernées. Vérifier le contenu produit avant de l'utiliser. Évaluer le bénéfice réel de l'outil dans la durée. Communiquer sur son usage en interne et auprès des personnes concernées.
La méthode AVEC est-elle obligatoire pour les professionnels de santé ?
Non. Il s'agit d'une prise de position de la HAS, publiée le 30 octobre 2025, qui propose une méthode de bon usage sans créer d'obligation juridique nouvelle.
Peut-on saisir des données de santé identifiantes dans un outil d'IA générative grand public ?
Cet article ne fournit aucun avis médical ou juridique individuel. Sur le plan général, la confidentialité des données de santé impose de vérifier au préalable les garanties d'hébergement et de traitement de l'outil, souvent absentes des outils grand public non validés par l'établissement.
Un contenu produit par une IA générative peut-il être utilisé sans relecture ?
Non. La méthode AVEC impose une vérification systématique de toute production avant usage, car ces outils peuvent générer des informations inexactes présentées de façon assurée.
Comment évaluer si un outil d'IA générative est utile dans une équipe ?
L'étape Évaluer de la méthode AVEC recommande de suivre dans la durée des indicateurs simples, comme le temps réellement gagné et le nombre de corrections nécessaires après usage.
L'usage de l'IA générative doit-il être communiqué aux patients ou aux résidents ?
La méthode AVEC encourage cette communication lorsque c'est pertinent, afin de maintenir la confiance et de recueillir des retours utiles à l'amélioration des pratiques.
Cet article remplace-t-il un avis médical ?
Non, en aucun cas. Cet article présente une méthode générale de bon usage et ne constitue ni un avis médical ni un avis juridique individuel.

Sources