Journée mondiale de la santé mentale 2026 : faire une place aux savoirs d’expérience
Santé mentale, QVCT et prévention Dimitri Jorand Gérant de DEMETER SANTE
Pour le 10 octobre 2026, passer de « nous vous écoutons » à « votre contribution change une décision » : des repères pour les services et la formation.
Le 10 octobre 2026, la Journée mondiale de la santé mentale invite à faire participer réellement les personnes concernées aux décisions. Dans un établissement ou une formation, cela signifie leur donner un rôle avant que le projet soit arrêté, expliquer ce qui est négociable et montrer ce qui a changé grâce à leur contribution. Organiser un témoignage peut ouvrir une conversation ; ce n’est pas encore partager l’élaboration d’une réponse.
Ce que porte cette édition 2026
La campagne OMS place les personnes ayant une expérience vécue au cœur des transformations en santé mentale. Le 9 octobre, l’organisation a également annoncé un guide sur des soins davantage ancrés dans la communauté. Cette actualité internationale n’annonce ni une règle française nouvelle ni la disparition immédiate de services existants.
Pour une équipe, la question pratique est simple : qui peut influencer ce que nous préparons ? Une invitation arrivée après toutes les décisions sert surtout à présenter le projet. Une invitation suffisamment tôt peut aider à changer un support, une modalité d’accueil ou une priorité. La différence se voit dans le calendrier et dans les marges laissées ouvertes.
Écouter un vécu, construire un savoir, représenter un collectif
La HAS a clarifié en 2025 les notions d’expérience patient et de savoir expérientiel. Un récit singulier ne représente pas automatiquement toutes les personnes concernées. Il peut cependant mettre au jour une difficulté que les professionnels ne voyaient pas, puis nourrir une réflexion avec d’autres regards.
Dans un atelier, demandez ce que la personne souhaite apporter plutôt que le détail de son histoire médicale. Elle peut expliquer un obstacle de compréhension, tester un document ou discuter une décision sans exposer un épisode intime. Le droit de ne pas raconter doit rester lisible. La qualité de sa contribution ne se mesure pas à l’intensité émotionnelle du témoignage.
Une grille pour passer de l’information à une influence réelle
La grille suivante est une création pédagogique DEMETER SANTÉ. Elle aide à choisir un niveau de participation adapté, sans prétendre que toute décision doit être prise collectivement. Un cadre explicite vaut mieux qu’une promesse impossible.
| Modalité | Question à ouvrir | Trace utile | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Informer | Qu’est-ce qui est décidé, et comment le rendre compréhensible ? | Support accessible, interlocuteur et moyen de poser une question. | Ne pas appeler « co-construction » une présentation descendante. |
| Consulter | Sur quel choix attendons-nous un avis avant l’arbitrage ? | Options proposées et retour motivé sur les contributions. | Ne pas consulter sur une marge de choix déjà fermée. |
| Co-construire | Quel support ou fonctionnement pouvons-nous concevoir ensemble ? | Versions successives et décisions prises avec les participants. | Prévoir du temps, des supports et une place effective pour chacun. |
| Évaluer | Qu’est-ce qui fonctionne, pour qui et dans quelles conditions ? | Retours croisés et action d’amélioration suivie. | Ne pas limiter l’évaluation à une note de satisfaction. |
Préparer la participation avant de lancer l’invitation
Une démarche peut commencer modestement : retravailler un courrier d’accueil, une séquence pédagogique ou le déroulement d’une réunion. Avant l’invitation, vérifiez cinq points :
- Un objet précis. Nommez la question et ce qui peut encore changer.
- Des conditions praticables. Proposez un horaire, un langage et des modalités compatibles avec les besoins exprimés. Clarifiez les moyens matériels et, selon le cadre retenu, les conditions de reconnaissance de la contribution.
- Plusieurs regards. N’attendez pas d’une personne qu’elle parle au nom de tout un public.
- Un choix libre. Expliquez l’usage des propos et la possibilité de ne pas répondre ou de se retirer.
- Une restitution prévue. Fixez qui répondra aux propositions et quand.
La recommandation HAS sur l’engagement des usagers fournit un repère pour structurer cette réflexion. Pour notre grille, le critère opérationnel reste la lisibilité : les participants comprennent-ils leur rôle et les suites possibles ?
Exemple fictif : refaire un document d’accueil
Exemple entièrement fictif. Un service constate que son document d’accueil est souvent incompris. Il invite plusieurs personnes concernées à relire les passages où elles hésitent, sans demander d’histoire clinique. Une participante propose de distinguer « ce qui se passe aujourd’hui » et « qui appeler ensuite ». L’équipe teste deux versions et choisit celle qui clarifie le parcours.
La restitution indique le changement retenu, une proposition reportée faute de faisabilité et la personne chargée de vérifier l’usage du nouveau document. La démarche n’établit aucun résultat clinique ; elle rend visible une contribution à la qualité de l’information. Si les participants ne reçoivent aucun retour, l’équipe ne peut pas simplement conclure qu’ils ont été « associés ».
Appliquer ces repères à une formation
Un organisme peut demander à des personnes concernées de discuter un cas pédagogique, de tester les mots employés ou de co-préparer une activité. Le formateur annonce les objectifs, le cadre et les limites. Il évite de transformer un récit réel en matériau librement réutilisable sans accord.
Une participation ne remplace pas la vérification des connaissances professionnelles. Elle apporte un regard complémentaire sur la compréhension, l’accueil et les effets d’une posture. Pour approfondir cette articulation, consultez nos repères sur le patient partenaire et le développement du pouvoir d’agir.
Après le 10 octobre : choisir une décision à améliorer
Plutôt que de multiplier les affiches, choisissez une décision concrète et une date de retour. Qu’est-ce qui sera ouvert ? Qui sera invité ? Quel obstacle à la participation sera levé ? Comment le retour sera-t-il formulé ? Un projet limité, dont les suites sont expliquées, peut être plus crédible qu’une grande consultation sans réponse.
Pour relier participation et coopération, notre article sur la pair-aidance en santé mentale précise un autre rôle possible. Pour les situations de travail, la fiche pour parler à un collègue en difficulté garde une intention différente : écouter et orienter, sans demander un témoignage public.
DEMETER SANTÉ accompagne les équipes par la formation et le conseil en management, communication et qualité de vie et conditions de travail. Échangeons sur votre besoin ou consultez notre catalogue de formations (PDF). Une intervention pédagogique ne remplace ni des soins ni les responsabilités de votre organisation.
Questions fréquentes
Quel est le thème de la Journée mondiale de la santé mentale 2026 ?
La campagne officielle de l’OMS met au premier plan les personnes ayant une expérience vécue des troubles psychiques, leurs voix et leur participation aux décisions. Il s’agit de leur donner une influence réelle dans les politiques et les services, pas uniquement de recueillir des témoignages.
La Journée mondiale du 10 octobre crée-t-elle une obligation nouvelle en France ?
Non. Une campagne internationale de sensibilisation ne crée pas, à elle seule, une obligation juridique française. Les droits des personnes et les obligations des structures doivent être examinés dans leur cadre propre. Les repères proposés ici sont pédagogiques.
Quelle différence entre expérience patient et savoir expérientiel ?
L’expérience patient désigne ce qui est vécu au cours d’un parcours. Le savoir expérientiel renvoie à des connaissances construites à partir de cette expérience. Les deux notions sont liées, sans être interchangeables ; la HAS leur a consacré un guide de clarification en 2025.
Comment vérifier qu’une consultation des usagers est réellement utile ?
Précisez la décision concernée, ce qui reste ouvert et qui arbitrera. Après l’échange, restituez ce qui a été retenu, adapté ou écarté et pourquoi. La personne doit pouvoir retrouver l’effet de sa contribution, y compris lorsque toutes ses propositions ne sont pas suivies.
Sources et méthode
Article de Dimitri Jorand, publié le 10 octobre 2026. Sources primaires consultées à cette date ; leurs dates initiales ou mises à jour sont distinguées ci-dessous. Relecture documentaire des définitions et des orientations contre les sources citées. Aucune relecture clinique par un professionnel de santé n’est revendiquée. Les exemples et grilles sont des propositions pédagogiques originales, non des protocoles de soins ni des validations de conformité. Aucun témoignage, résultat client ou statistique n’est inventé.
- Organisation mondiale de la santé : Journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre 2026 : campagne officielle, sans date initiale de mise en ligne revendiquée
- Organisation mondiale de la santé : Annonce du guide sur les soins de santé mentale ancrés dans la communauté — date de publication indiquée : 2026-10-09
- Haute Autorité de santé : Soutenir et encourager l’engagement des usagers : recommandation validée en juillet 2020 — date de publication indiquée : 2020-09-22
- Haute Autorité de santé : Expérience patient et savoir expérientiel : guide de clarification, validé en avril 2025 — date de publication indiquée : 2025-06-19
Sources
- https://www.who.int/campaigns/world-mental-health-day/2026
- https://www.who.int/news/item/09-10-2026-who-urges-shift-from-institutional-to-community-based-mental-health-care
- https://www.has-sante.fr/jcms/p_3201812/fr/soutenir-et-encourager-l-engagement-des-usagers-dans-les-secteurs-social-medico-social-et-sanitaire
- https://www.has-sante.fr/jcms/p_3602447/fr/experience-patient-et-savoir-experientiel-deux-notions-a-clarifier-pour-developper-l-engagement-ou-la-participation