IA et pédagogie : dix enseignements du rapport IGÉSR pour les organismes de formation
Intelligence artificielle et pédagogie Dimitri Jorand
Le rapport IGÉSR du 18 juin 2025 sur l'IA à l'école livre dix enseignements. Voici ce qui se transpose, sous condition ou pas, à la formation continue en santé.
Un rapport de l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR), publié le 18 juin 2025, dresse un état des lieux des usages de l'intelligence artificielle dans les établissements scolaires du premier et du second degré. Ce texte s'adresse d'abord aux écoles et aux collèges, mais il contient des enseignements utiles pour tout responsable formation, formateur interne ou cadre de santé qui pilote un projet d'IA dans un CHU, un EHPAD, un SSIAD ou une collectivité territoriale.
La tentation est grande de transposer telle quelle une observation faite en classe à une session de formation continue pour des soignants ou des agents de la fonction publique hospitalière (FPH). C'est une erreur. Le public n'est pas le même, l'obligation n'est pas la même, la temporalité non plus. Un élève est en scolarité obligatoire, encadré par un enseignant référent, sur une année scolaire longue. Un agent en formation continue est un adulte volontaire ou missionné, souvent en une ou plusieurs journées, avec un objectif professionnel immédiat.
Cet article reprend dix enseignements du rapport IGÉSR et les met en regard des réalités de la formation professionnelle en santé et médico-social. Il propose un tableau de transférabilité, un plan d'action et une checklist pour les organismes de formation qui veulent intégrer l'IA sans céder à l'effet de mode.
Ce que dit le rapport IGÉSR
Publié le 18 juin 2025 par le ministère de l'Éducation nationale, le rapport IGÉSR sur l'intelligence artificielle dans les établissements scolaires documente des usages réels observés deux ans après l'émergence des outils grand public d'IA générative. Les inspecteurs relèvent une diffusion rapide mais inégale des pratiques, une appropriation plus forte chez les enseignants déjà à l'aise avec le numérique, et un besoin criant de formation et de cadrage institutionnel. Le rapport insiste sur la nécessité d'accompagner les équipes plutôt que de laisser l'initiative individuelle combler le vide.
Ces observations rejoignent celles que portent les travaux sur la troubles du neurodéveloppement : renforcer les PCO par l'organisation et les compétences : sans plan de compétences structuré, les usages se développent de façon hétérogène et parfois risquée.
Dix enseignements et leur transférabilité à la formation d'adultes en santé
Le tableau suivant reprend, enseignement par enseignement, ce qui se transpose directement à un organisme de formation santé, ce qui se transpose sous condition, et ce qui ne se transpose pas.
Tableau de transférabilité
| Enseignement du rapport IGÉSR | Transférable | Sous condition | Non transférable |
|---|---|---|---|
| L'IA aide à préparer des supports de cours différenciés | Oui, pour créer des variantes de supports selon les niveaux des stagiaires | ||
| L'IA facilite la génération d'exercices et de quiz formatifs | Oui, pour des évaluations formatives non certificatives | ||
| L'usage reste très hétérogène selon l'appétence numérique de l'enseignant | Oui, un socle commun de littératie IA reste nécessaire pour les formateurs internes | ||
| L'IA peut soutenir la remédiation individualisée sur plusieurs mois | Oui, mais la formation continue dure rarement plusieurs mois en continu | ||
| L'évaluation des élèves reste de la responsabilité de l'enseignant | Oui, la décision d'évaluation reste humaine | ||
| Le rapport souligne des risques de dépendance cognitive des élèves | Oui, à surveiller aussi chez l'adulte, mais le rapport à l'autonomie diffère | ||
| Nécessité d'un cadre académique et d'une gouvernance nationale de l'IA | Non, un organisme de formation santé relève de sa propre gouvernance et de Qualiopi | ||
| Formation des enseignants avant tout déploiement | Oui, principe directement applicable aux formateurs internes | ||
| Vigilance sur les données des élèves mineurs | Non, le cadre CNIL diffère pour les données de santé et les majeurs | ||
| L'IA ne remplace pas la relation pédagogique enseignant-élève | Oui, principe transposable à la relation formateur-stagiaire |
Conception pédagogique : ce qui change vraiment
Pour un formateur en santé, l'apport le plus solide du rapport porte sur la conception. L'IA générative peut accélérer la production de cas cliniques fictifs, de scénarios de simulation, de fiches mémo ou de supports de publication des résultats d'évaluation des ESSMS : obligations et méthode de communication. Ce gain de temps libère de la disponibilité pour l'animation et l'accompagnement individuel, à condition que le formateur relise et valide chaque contenu produit, car les outils génératifs peuvent introduire des approximations cliniques dangereuses dans un contexte de santé.
Le rapport rappelle aussi que l'usage de l'IA sans formation préalable des enseignants crée des inégalités de pratique. Dans un centre hospitalier ou une association gestionnaire, la même logique s'applique aux formateurs internes : sans un socle commun, certains formateurs surexploitent l'outil, d'autres l'ignorent, et les stagiaires reçoivent une expérience incohérente d'une session à l'autre.
Posture du formateur face à l'IA
Le rapport IGÉSR insiste sur le maintien de la relation pédagogique humaine, particulièrement pour les apprentissages fondamentaux. En formation continue de soignants, la relation formateur-stagiaire reste également centrale, notamment pour les compétences relationnelles comme l'écoute active ou la communication non violente, qui se travaillent par la mise en situation et le retour d'expérience direct.
La posture recommandée est celle d'un formateur qui utilise l'IA en amont, pour préparer, et reste pleinement présent en séance, pour transmettre et évaluer. La délégation du geste pédagogique à l'IA reste écartée.
Évaluation : la limite la plus nette
Le rapport est clair sur un point : l'évaluation des apprenants reste une responsabilité humaine, non déléguable à un algorithme. Pour un organisme de formation certifié Qualiopi, cette limite est renforcée par les exigences de preuves d'acquisition des compétences prévues par le qualiopi V10 : comment préparer son organisme sans anticiper un guide qui n'est pas encore publié. Un outil d'IA peut aider à générer des questions d'évaluation formative, mais la validation des acquis, la délivrance d'attestations et le jugement professionnel sur la maîtrise d'un geste ou d'une posture restent du ressort du formateur et de l'organisme.
Gouvernance et cadrage institutionnel
Le rapport IGÉSR appelle à un cadrage national et académique fort, avec des chartes d'usage et un accompagnement des équipes. Cette exigence de gouvernance trouve un écho direct dans les travaux consacrés à la santé mentale, Grande cause 2025 : construire une politique d'établissement crédible. Un organisme de formation, un GHT ou une association gestionnaire d'ESSMS a intérêt à formaliser sa propre politique d'usage avant de laisser les formateurs expérimenter isolément, en s'appuyant par exemple sur un cPF en 2025 : baisse des entrées, évolution des usages et conséquences pour les organismes qui recense les outils utilisés, leur finalité et leur niveau de risque.
Cette gouvernance doit aussi anticiper les obligations à venir, notamment celles issues du règlement européen sur l'IA, détaillées dans l'article sur les promotion des formations par les influenceurs : les nouvelles obligations à connaître.
Ce que le scolaire ne peut pas nous apprendre
Trois différences structurelles limitent la portée du rapport pour la formation d'adultes en santé. D'abord, l'obligation scolaire n'a pas d'équivalent en formation continue, où le stagiaire est volontaire ou missionné et arbitre en permanence entre attention et charge de travail. Ensuite, la temporalité diffère fortement : une année scolaire permet un suivi longitudinal impossible à reproduire sur une formation de deux jours. Enfin, les enjeux de protection des données ne sont pas comparables : les données des élèves mineurs relèvent d'un cadre spécifique, tandis que les données de santé traitées en formation continue, y compris via des cas cliniques ou des retours d'expérience, relèvent du cadre renforcé détaillé dans l'article sur la IA dans l'éducation et la formation : les réflexes CNIL pour protéger les données.
Processus pour transposer ces enseignements dans un organisme de formation santé
- Cartographier les usages actuels. Recenser, formateur par formateur, les outils d'IA déjà utilisés en préparation ou en séance, même de façon informelle.
- Former le socle commun. Organiser une session de littératie IA pour tous les formateurs internes avant toute généralisation, en s'appuyant sur les repères du former les agents publics à l'IA : traduire le cadre DGAFP en parcours par métier.
- Rédiger une charte d'usage interne. Préciser les outils autorisés, les données interdites d'entrée, et les limites d'usage en évaluation.
- Distinguer préparation et évaluation. Autoriser l'IA pour la conception de supports, l'interdire pour la décision finale d'évaluation des compétences.
- Tracer les usages. Tenir à jour un registre simple des outils utilisés et de leur finalité pédagogique.
- Mesurer les effets. Évaluer l'impact réel sur la qualité pédagogique et la satisfaction des stagiaires, en s'appuyant sur une méthode comme celle décrite pour formation des adultes : pourquoi la participation stagne et comment lever les freins.
Checklist avant de généraliser l'IA en formation interne
- Un référent IA ou un binôme pédagogie-qualité est identifié dans l'organisme
- Une charte d'usage écrite existe et a été diffusée à tous les formateurs
- Aucune donnée de santé identifiante n'est saisie dans un outil grand public non sécurisé
- La décision d'évaluation certificative reste toujours humaine et documentée
- Les formateurs ont reçu un socle commun de formation avant tout usage en séance
- Un registre des usages IA est tenu à jour et accessible en cas de contrôle
- Les stagiaires sont informés lorsqu'un contenu de formation a été préparé avec l'aide d'une IA
Ce que votre organisation peut faire maintenant
À 30 jours, il s'agit de cartographier les usages existants et de désigner un référent interne, sans attendre un cadre national parfait. À 90 jours, l'organisme peut avoir formé son socle commun de formateurs et rédigé une charte d'usage validée par la direction, en s'inspirant des étapes déjà éprouvées dans un développer et évaluer une IA en santé : les précautions attendues par la CNIL. À 180 jours, l'objectif est d'avoir intégré ces règles dans le processus qualité de l'organisme et d'avoir mesuré les premiers effets sur la satisfaction et l'acquisition des compétences des stagiaires.
Conclusion
Le rapport IGÉSR du 18 juin 2025 confirme que l'IA générative transforme la préparation pédagogique bien plus vite que la relation d'apprentissage elle-même. Pour un organisme de formation santé, l'enjeu consiste à retenir une méthode transposable du cadre scolaire : former les formateurs avant de généraliser, cadrer les usages avant de les laisser se diffuser, et garder l'évaluation des compétences sous responsabilité humaine. C'est cette discipline, plus que la sophistication des outils, qui déterminera la qualité pédagogique réelle des prochaines années.
Questions fréquentes
Le rapport IGÉSR s'applique-t-il directement à la formation continue en santé ?
Non, il porte sur les établissements scolaires du premier et du second degré. Certains enseignements sur la préparation pédagogique et la formation des enseignants sont transposables, mais le public, l'obligation et la temporalité diffèrent fortement de la formation d'adultes.
Peut-on utiliser l'IA pour évaluer les stagiaires d'une formation santé ?
Le rapport IGÉSR rappelle que l'évaluation reste une responsabilité humaine dans le scolaire, et ce principe est renforcé en formation continue par les exigences Qualiopi de preuve d'acquisition des compétences. L'IA peut aider à préparer des questions formatives, pas à décider seule d'une validation.
Quelles données ne doivent jamais être saisies dans un outil d'IA grand public ?
Aucune donnée de santé identifiante, aucun cas clinique réel non anonymisé, et aucune donnée personnelle de stagiaire ou de patient ne doit être saisie dans un outil non sécurisé et non validé par l'organisme.
Faut-il former tous les formateurs avant d'introduire l'IA ?
Oui, le rapport IGÉSR observe que l'absence de formation préalable crée des usages hétérogènes et parfois risqués. Un socle commun de littératie IA pour tous les formateurs internes limite ce risque avant toute généralisation.
Quel est le premier document à produire pour cadrer ces usages ?
Une charte d'usage interne, qui précise les outils autorisés, les données interdites d'entrée et les limites d'usage en évaluation, constitue le socle minimal avant toute diffusion des pratiques d'IA dans l'organisme.
Comment mesurer si l'IA améliore réellement la qualité pédagogique ?
Il faut comparer des indicateurs avant et après l'introduction de l'IA, comme la satisfaction des stagiaires ou l'acquisition des compétences, en s'appuyant sur une méthode d'évaluation d'impact documentée plutôt que sur une impression générale.
Questions fréquentes
- Le rapport IGÉSR s'applique-t-il directement à la formation continue en santé ?
- Non, il porte sur les établissements scolaires du premier et du second degré. Certains enseignements sur la préparation pédagogique et la formation des enseignants sont transposables, mais le public, l'obligation et la temporalité diffèrent fortement de la formation d'adultes.
- Peut-on utiliser l'IA pour évaluer les stagiaires d'une formation santé ?
- Le rapport IGÉSR rappelle que l'évaluation reste une responsabilité humaine dans le scolaire, et ce principe est renforcé en formation continue par les exigences Qualiopi de preuve d'acquisition des compétences. L'IA peut aider à préparer des questions formatives, pas à décider seule d'une validation.
- Quelles données ne doivent jamais être saisies dans un outil d'IA grand public ?
- Aucune donnée de santé identifiante, aucun cas clinique réel non anonymisé, et aucune donnée personnelle de stagiaire ou de patient ne doit être saisie dans un outil non sécurisé et non validé par l'organisme.
- Faut-il former tous les formateurs avant d'introduire l'IA ?
- Oui, le rapport IGÉSR observe que l'absence de formation préalable crée des usages hétérogènes et parfois risqués. Un socle commun de littératie IA pour tous les formateurs internes limite ce risque avant toute généralisation.
- Quel est le premier document à produire pour cadrer ces usages ?
- Une charte d'usage interne, qui précise les outils autorisés, les données interdites d'entrée et les limites d'usage en évaluation, constitue le socle minimal avant toute diffusion des pratiques d'IA dans l'organisme.
- Comment mesurer si l'IA améliore réellement la qualité pédagogique ?
- Il faut comparer des indicateurs avant et après l'introduction de l'IA, comme la satisfaction des stagiaires ou l'acquisition des compétences, en s'appuyant sur une méthode d'évaluation d'impact documentée plutôt que sur une impression générale.