IA en formation : ce que le cadre d'usage de l'Éducation nationale apprend aux formateurs d'adultes

Intelligence artificielle et formation Dimitri Jorand

Le cadre d'usage de l'IA en éducation publié le 13 juin 2025 par le ministère fixe des principes utiles pour les formateurs d'adultes, à transposer avec prudence en formation continue.

Le 13 juin 2025, le ministère de l'Éducation nationale a publié un cadre d'usage de l'intelligence artificielle en éducation, destiné aux enseignants, aux élèves et aux établissements scolaires. Un directeur des ressources humaines ou un responsable formation dans le secteur sanitaire, médico-social ou public qui découvre ce texte peut légitimement se demander ce qu'il en retire pour ses propres formateurs et pour les agents en formation continue.

La tentation est grande de copier telles quelles des règles pensées pour l'école. Ce serait une erreur. Le public scolaire est mineur ou jeune adulte, en situation d'obligation scolaire, avec un objectif de développement de compétences fondamentales sur le temps long. Le public de la formation professionnelle continue est composé d'adultes volontaires ou envoyés par leur employeur, dans un cadre contraint en durée, avec un objectif d'application immédiate en situation de travail. Ces différences ne rendent pas le cadre d'usage inutile pour la formation d'adultes, elles imposent une transposition prudente.

Cet article identifie ce qui, dans le cadre d'usage de l'Éducation nationale, est directement transférable à la formation professionnelle dans le secteur santé et médico-social, ce qui doit être adapté, et ce qui ne l'est pas du tout. Il s'adresse aux formateurs internes, aux organismes de formation, aux responsables pédagogiques et aux directions qui structurent l'usage de l'IA dans leurs actions de formation.

Ce que dit le cadre d'usage de l'Éducation nationale

Le cadre publié par le ministère fixe des repères pour l'usage des outils d'intelligence artificielle générative dans les classes et les établissements scolaires. Il distingue les usages encouragés, comme l'aide à la préparation de séances par les enseignants, des usages à encadrer strictement, comme la production de travaux par les élèves sans vérification. Il insiste sur la nécessité d'informer les familles et les élèves de l'usage de ces outils, sur la protection des données des mineurs, et sur le maintien d'un enseignement explicite de l'esprit critique face aux contenus générés par une IA.

Le texte rappelle également que l'enseignant reste responsable pédagogique de la séance, quel que soit l'outil utilisé, et qu'aucun outil d'IA ne doit se substituer à l'évaluation humaine des apprentissages. Cette responsabilité pédagogique maintenue, malgré l'usage d'un outil, est un des points les plus directement transférables à la formation professionnelle continue.

Ce qui est transférable à la formation professionnelle continue

La transparence vis-à-vis des personnes formées

Que l'apprenant soit un élève de seize ans ou un agent hospitalier de quarante ans en formation continue, le principe est le même : il doit savoir quand un contenu pédagogique, un support d'évaluation ou une réponse a été généré ou assisté par une IA. Pour un organisme de formation ou un service formation interne, cela signifie mentionner l'usage de l'IA dans les modalités pédagogiques présentées avant la session, en cohérence avec les exigences d'information du public déjà présentes dans maîtrise de l'IA : comment construire un programme de formation démontrable.

La protection des données personnelles

La vigilance sur les données des élèves mineurs se transpose directement à la protection des données des agents et professionnels de santé en formation, avec une sensibilité renforcée par le secret médical et le secret professionnel dans le secteur sanitaire et médico-social. Aucune donnée relative à un patient, un résident ou un usager ne doit être saisie dans un outil d'IA grand public non validé par l'établissement. Notre article sur pratiques d'IA interdites : la grille de lecture utile aux employeurs et établissements de santé détaille les précautions à prendre pour les formateurs comme pour les apprenants.

Le maintien de l'esprit critique

L'Éducation nationale insiste sur le fait qu'un contenu généré par une IA doit toujours être vérifié et contextualisé par l'enseignant avant d'être transmis. Dans la formation d'adultes, cette exigence est au moins aussi forte, car les contenus portent souvent sur des protocoles de soin, des obligations réglementaires ou des procédures qualité où une erreur générée par une IA peut avoir des conséquences directes. Un formateur qui utilise une IA générative pour préparer un support doit systématiquement vérifier les références réglementaires citées, en s'appuyant sur des sources primaires comme IA générative en santé : utiliser la méthode AVEC de la HAS au quotidien.

La responsabilité pédagogique maintenue

Le cadre scolaire rappelle qu'un outil d'IA ne remplace pas le jugement professionnel de l'enseignant sur la progression de l'élève. En formation continue, cela se traduit par le maintien de l'évaluation humaine des compétences acquises, en particulier lorsque la formation est liée à une certification ou à une habilitation professionnelle. Un formateur peut s'appuyer sur une IA pour générer des exercices ou des cas pratiques, mais la validation finale des compétences reste de sa responsabilité.

Ce qui n'est pas transférable tel quel

Trois différences structurelles limitent la transposition directe du cadre scolaire à la formation d'adultes.

La première tient au statut du public. Un élève est soumis à l'obligation scolaire et n'a pas choisi son enseignant ni, le plus souvent, l'usage pédagogique qui lui est proposé. Un agent en formation continue est volontaire ou mandaté par son employeur dans un cadre contractuel, avec des droits d'information et de consentement différents, notamment concernant le traitement de ses propres données dans le cadre de la formation.

La seconde tient à la temporalité. L'école construit des compétences sur plusieurs années, avec un droit à l'erreur pédagogique intégré au parcours. La formation professionnelle continue vise le plus souvent un transfert rapide en situation de travail, sur une durée de quelques heures à quelques jours. Les usages d'IA testés en classe sur plusieurs mois ne peuvent pas être reproduits à l'identique dans une session de formation courte, sans adaptation du rythme et des objectifs.

La troisième tient au cadre réglementaire. La formation professionnelle continue en santé et médico-social est déjà encadrée par Qualiopi, par les obligations de traçabilité vis-à-vis des financeurs, et, pour les établissements de santé, par des obligations spécifiques de protection des données de santé. Le cadre scolaire ne traite pas ces dimensions, qui doivent être ajoutées lors de la transposition, notamment via schéma directeur immobilier en santé : piloter un projet qui relie soins, usages et climat et la préparation aux obligations de santé mentale 2026 : ce que l'accélération gouvernementale implique pour les acteurs.

Tableau de transposition

Le tableau suivant synthétise ce qui est transférable, ce qui doit être adapté, et ce qui reste propre au contexte scolaire.

Principe du cadre scolaireTransférabilitéAdaptation nécessaire en formation d'adultes
Transparence sur l'usage de l'IADirectement transférableMentionner l'usage dans les modalités pédagogiques présentées avant la session
Protection des données des personnesTransférable avec renforcementAjouter le secret professionnel et le secret médical
Maintien de l'esprit critiqueDirectement transférableVérification systématique des références réglementaires et cliniques
Responsabilité pédagogique de l'enseignantTransférableMaintien de l'évaluation humaine des compétences certifiantes
Progression sur plusieurs annéesNon transférableAdapter au format court de la formation continue
Obligation scolaire du publicNon transférableTenir compte du volontariat ou du mandatement par l'employeur

Construire un cadre d'usage interne pour ses formateurs

Un service formation ou un organisme de formation intervenant en santé et médico-social peut s'inspirer de la structure du cadre scolaire pour rédiger sa propre charte d'usage de l'IA, adaptée au contexte de la formation professionnelle continue. Cette charte gagne à être intégrée à la politique de la methode SMART pour fixer des objectifs utiles en etablissement de sante déjà en place, plutôt que traitée isolément.

Un processus en cinq étapes

  1. Recenser les usages actuels. Identifier comment les formateurs internes et externes utilisent déjà des outils d'IA générative, sans jugement, avant de fixer des règles.
  2. Distinguer les usages autorisés et les usages encadrés. Sur le modèle du cadre scolaire, séparer les usages de préparation, largement admis, des usages d'évaluation, qui nécessitent une supervision humaine systématique.
  3. Formaliser l'information des personnes formées. Prévoir une mention standard dans les documents pédagogiques transmis avant la formation, cohérente avec les exigences de Maîtrise de l'IA : comment construire un programme de formation démontrable.
  4. Sécuriser les données. Interdire la saisie de données de santé ou de données personnelles identifiantes dans des outils non validés, en s'appuyant sur le travail déjà réalisé pour former à la prévention avec TutoPrev : ce que changent les nouveaux secteurs interactifs.
  5. Former les formateurs eux-mêmes. Prévoir un temps dédié pour que les formateurs internes développent leur propre littératie sur l'IA avant de l'intégrer à leurs pratiques pédagogiques, en s'appuyant sur un IA dans la fonction publique : ce que la négociation d'un accord-cadre doit changer pour les agents.

Checklist pour un responsable pédagogique

  • Vérifier que chaque support généré ou assisté par une IA a été relu et corrigé par un formateur qualifié.
  • Informer les personnes formées de l'usage de l'IA dans la conception de la formation.
  • Interdire la saisie de données personnelles ou de santé dans des outils d'IA grand public non validés.
  • Maintenir une évaluation humaine des compétences pour toute action liée à une certification ou une habilitation.
  • Prévoir un temps de formation des formateurs sur les usages et les limites de l'IA.
  • Adapter la temporalité des usages testés à l'école au format court de la formation continue.

Ce que votre organisation peut faire maintenant

À 30 jours, un service formation peut recenser les usages actuels de l'IA par ses formateurs internes et externes, sans sanction, pour établir un état des lieux honnête. À 90 jours, il peut rédiger une charte interne d'usage de l'IA en formation, inspirée des quatre principes du cadre scolaire mais adaptée au public adulte, et l'intégrer aux documents remis lors du robots et IA en logistique hospitalière : décider sur des résultats mesurables. À 180 jours, il peut avoir formé l'ensemble de ses formateurs internes à cette charte et vérifié sa cohérence avec les exigences Qualiopi et les obligations de protection des données propres au secteur santé.

Conclusion

Le cadre d'usage de l'IA en éducation, publié le 13 juin 2025, n'a pas été conçu pour la formation professionnelle continue. Il offre néanmoins des principes solides, transparence, protection des données, esprit critique et responsabilité pédagogique maintenue, qui gardent leur pertinence une fois transposés avec prudence. Les organisations qui forment des adultes dans le secteur sanitaire, médico-social et public gagnent à s'en inspirer pour construire leurs propres règles, plutôt qu'à attendre un cadre spécifique qui n'existe pas encore à ce jour.

Questions fréquentes

Le cadre d'usage de l'IA en éducation s'applique-t-il à la formation professionnelle continue ?

Non, ce cadre a été conçu pour le milieu scolaire, ses élèves et ses enseignants. Juridiquement, ce cadre s'applique à l'enseignement scolaire. Ses principes de transparence, de protection des données et d'esprit critique peuvent être transposés avec prudence à la formation d'adultes.

Quels principes du cadre scolaire sont directement utiles à un formateur d'adultes ?

La transparence sur l'usage de l'IA vis-à-vis des personnes formées, la protection des données personnelles, le maintien de l'esprit critique face aux contenus générés, et le maintien de la responsabilité pédagogique de l'enseignant ou du formateur sont directement transposables.

Pourquoi la temporalité scolaire ne se transpose-t-elle pas à la formation continue ?

L'école construit des compétences sur plusieurs années avec un droit à l'erreur intégré au parcours, tandis que la formation professionnelle continue vise un transfert rapide en situation de travail sur une durée de quelques heures à quelques jours, ce qui impose d'adapter le rythme des usages d'IA testés en classe.

Un formateur peut-il utiliser une IA générative pour préparer ses supports ?

Oui, à condition de vérifier systématiquement les contenus produits, en particulier les références réglementaires ou cliniques, et d'informer les personnes formées que l'outil a été utilisé en phase de préparation.

Quelles données ne doivent jamais être saisies dans un outil d'IA généraliste ?

Les données de santé, les données identifiantes des patients ou des résidents, et plus largement toute donnée couverte par le secret professionnel ne doivent pas être saisies dans un outil d'IA grand public non validé par l'établissement.

Comment construire une charte interne d'usage de l'IA pour ses formateurs ?

Elle peut s'inspirer de la structure du cadre scolaire en distinguant les usages autorisés en préparation et les usages encadrés en évaluation, tout en l'articulant avec les exigences Qualiopi et la gouvernance IA déjà en place dans l'établissement.

L'évaluation des compétences peut-elle être confiée à une IA ?

Non. Le principe de responsabilité pédagogique maintenue, issu du cadre scolaire, s'applique aussi en formation continue : l'IA peut aider à générer des exercices, mais la validation finale des compétences, surtout si elle est certifiante, reste de la responsabilité du formateur.

Questions fréquentes

Le cadre d'usage de l'IA en éducation s'applique-t-il à la formation professionnelle continue ?
Non. Ce cadre a été conçu pour le milieu scolaire, ses élèves et ses enseignants. Juridiquement, il s'applique à ce périmètre. Ses principes de transparence, de protection des données et d'esprit critique peuvent être transposés avec prudence à la formation d'adultes.
Quels principes du cadre scolaire sont directement utiles à un formateur d'adultes ?
La transparence sur l'usage de l'IA vis-à-vis des personnes formées, la protection des données personnelles, le maintien de l'esprit critique face aux contenus générés, et le maintien de la responsabilité pédagogique de l'enseignant ou du formateur sont directement transposables.
Pourquoi la temporalité scolaire ne se transpose-t-elle pas à la formation continue ?
L'école construit des compétences sur plusieurs années avec un droit à l'erreur intégré au parcours, tandis que la formation professionnelle continue vise un transfert rapide en situation de travail sur une durée de quelques heures à quelques jours, ce qui impose d'adapter le rythme des usages d'IA testés en classe.
Un formateur peut-il utiliser une IA générative pour préparer ses supports ?
Oui, à condition de vérifier systématiquement les contenus produits, en particulier les références réglementaires ou cliniques, et d'informer les personnes formées que l'outil a été utilisé en phase de préparation.
Quelles données ne doivent jamais être saisies dans un outil d'IA généraliste ?
Les données de santé, les données identifiantes des patients ou des résidents, et plus largement toute donnée couverte par le secret professionnel ne doivent pas être saisies dans un outil d'IA grand public non validé par l'établissement.
Comment construire une charte interne d'usage de l'IA pour ses formateurs ?
Elle peut s'inspirer de la structure du cadre scolaire en distinguant les usages autorisés en préparation et les usages encadrés en évaluation, tout en l'articulant avec les exigences Qualiopi et la gouvernance IA déjà en place dans l'établissement.
L'évaluation des compétences peut-elle être confiée à une IA ?
Non. Le principe de responsabilité pédagogique maintenue, issu du cadre scolaire, s'applique aussi en formation continue : l'IA peut aider à générer des exercices, mais la validation finale des compétences, surtout si elle est certifiante, reste de la responsabilité du formateur.

Sources