Sans formation, pas de prévention : construire une culture sécurité qui tient dans le temps

Prévention des risques professionnels Dimitri Jorand

Le communiqué de l'INRS pour la journée mondiale de la sécurité au travail 2026 rappelle le rôle clé de la formation. Comment l'articuler au management et à l'analyse du travail réel en santé.

Chaque année, la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail rappelle un principe simple mais que beaucoup d'organisations peinent à traduire en pratique durable : sans formation, il n'y a pas de prévention qui tienne dans le temps. Le communiqué publié par l'INRS le 28 avril 2026 à l'occasion de cette journée reprend ce constat et invite les employeurs à replacer la formation au cœur de leur stratégie de prévention des risques professionnels.

Pour les directions d'établissement de santé et médico-social, les préventeurs, les responsables RH et les encadrants de proximité, ce rappel n'est pas anodin. Beaucoup d'établissements disposent déjà d'un plan de formation, de fiches de poste à jour et d'un document unique d'évaluation des risques professionnels. Pourtant, la culture sécurité qui devrait en découler ne s'installe pas toujours durablement dans les équipes. La vraie question porte sur l'articulation entre formation, management de proximité, analyse du travail réel et participation des équipes. C'est elle qui détermine si les acquis tiennent au delà de la session de formation elle-même.

Cet article s'adresse aux directions, aux préventeurs, à l'encadrement de proximité, aux services RH et aux membres du CSE ou de la F3SCT en établissement de santé et médico-social, CHU, EHPAD, SSIAD, MAS, FAM ou collectivité territoriale. Il propose une lecture opérationnelle du message porté par l'INRS, sans surinterpréter des chiffres que le communiqué ne détaille pas précisément.

Ce que rappelle le communiqué de l'INRS

Le communiqué de presse publié par l'INRS pour la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail 2026 pose un message clair : la formation reste un levier essentiel de prévention des risques professionnels, mais elle ne produit ses effets que si elle s'inscrit dans une démarche globale de prévention, portée par l'ensemble de la ligne managériale. L'INRS y présente un tour d'horizon des actions et ressources qu'il met à disposition des employeurs pour structurer cette démarche.

Ce message rejoint une évidence de terrain que connaissent bien les préventeurs en santé et médico-social : une session de formation isolée, même bien conçue, produit un effet limité si elle n'est pas relayée ensuite par l'encadrement de proximité, si les enseignements ne sont pas confrontés au travail réel, et si aucun suivi ne vérifie que les pratiques ont réellement évolué. C'est cette articulation, plus que la formation seule, qui est au cœur du message de l'INRS pour cette journée mondiale.

Un rappel qui vaut particulièrement pour le secteur de la santé et du médico-social

Les établissements de santé et médico-social cumulent des risques professionnels multiples : troubles musculo-squelettiques liés à la manutention des patients, exposition aux agents biologiques, risques psychosociaux liés à la charge de travail et à la confrontation à la souffrance, risques liés au travail de nuit et aux horaires décalés. Ces enjeux ont déjà été traités dans plusieurs analyses, notamment sur la plan Osez l'IA : construire un parcours d'adoption utile pour une organisation de santé et sur travail de nuit : agir sur l'organisation avant de demander aux équipes de s'adapter. Dans ce contexte, une formation ponctuelle ne peut à elle seule couvrir la diversité et l'intensité des risques rencontrés au quotidien.

Pourquoi la formation seule ne suffit pas

Une formation, même obligatoire et bien évaluée, transmet des connaissances et des repères à un instant donné. Elle ne garantit pas que ces repères seront mobilisés plusieurs mois plus tard, dans une situation de travail différente de celle présentée en salle. Plusieurs facteurs expliquent cet écart : l'absence de relais managérial au quotidien, le manque de temps pour appliquer les nouveaux gestes appris, ou encore l'absence de retour d'expérience qui permettrait de corriger les pratiques au fil de l'eau.

C'est pourquoi la formation doit être pensée comme un point de départ, pas comme un aboutissement. Cette approche rejoint les principes déjà développés autour de IA en formation : ce que le cadre d'usage de l'Éducation nationale apprend aux formateurs d'adultes, où l'on distingue la satisfaction immédiate des stagiaires, l'acquisition de connaissances, et surtout le transfert réel dans les pratiques professionnelles, seul indicateur qui traduit un changement durable.

Le rôle central du management de proximité

L'encadrement de proximité, cadre de santé, chef de service, responsable d'unité, est le premier relais entre la formation et le travail réel. C'est lui qui observe au quotidien si les gestes de prévention appris en formation sont effectivement mis en œuvre, et qui peut rappeler un point de vigilance au moment où la situation s'y prête, plutôt que plusieurs mois après une session de formation. Ce rôle a déjà été détaillé dans les travaux sur le ISO 9001 : le projet international approuvé entre dans sa phase finale, où l'influence quotidienne du management de proximité pèse souvent davantage que les dispositifs formels.

Cette proximité managériale suppose que les cadres eux-mêmes soient formés et outillés pour jouer ce rôle de relais, ce qui renvoie aux enjeux traités dans les six attitudes de Porter : reperer sa reaction spontanee en entretien, où le suivi individuel des agents devient un levier de consolidation des acquis, y compris en matière de prévention.

Analyse du travail réel : le complément indispensable à la formation

Une formation présente des situations types, nécessairement générales. L'analyse du travail réel, elle, permet de confronter ces situations types aux contraintes concrètes d'un service : effectifs restreints, matériel vieillissant, organisation des plannings, spécificités des patients ou résidents accueillis. Cette analyse peut prendre la forme de retours d'expérience structurés, à l'image des démarches Methode Pomodoro dans les metiers de la sante : ce qui marche vraiment, ou de revues de morbidité mortalité, comme le décrit l'article sur plan européen pour un continent de l'IA : quelles opportunités pour la santé et les services publics ?.

Ces démarches partagent un principe commun avec le message de l'INRS : la prévention se construit dans l'observation continue du travail réel, au-delà de la transmission ponctuelle de connaissances. Elles permettent également d'ajuster le contenu des formations suivantes en fonction des écarts constatés sur le terrain.

Faire participer les équipes à l'identification des risques

Le communiqué de l'INRS insiste sur l'importance de la formation comme levier de prévention, mais cette formation gagne en efficacité lorsqu'elle s'accompagne d'une participation active des équipes à l'identification des risques, plutôt que d'une transmission descendante uniquement. Les agents de terrain connaissent souvent, mieux que quiconque, les situations à risque de leur poste, à condition qu'un espace d'expression leur soit ouvert. Le CSE et la F3SCT jouent ici un rôle de relais essentiel, notamment pour faire remonter les situations observées et alimenter la mise à jour du document unique.

Cette dynamique participative rejoint également les enjeux de patient partenaire : passer du principe aux pratiques observables dans l'établissement, où l'observation partagée entre pairs constitue un levier d'amélioration continue, transposable à la prévention des risques professionnels.

Comparer les leviers de prévention selon leur portée dans le temps

Levier de préventionCe qu'il apporteSes limites s'il est utilisé seul
Formation initiale ou continueTransmission de connaissances et de repères réglementairesEffet qui s'estompe sans relais ni mise en pratique régulière
Management de proximitéRappel quotidien des bonnes pratiques, observation directe du travailDépend de la disponibilité et de la formation propre de l'encadrant
Analyse du travail réelIdentification des écarts entre les gestes prescrits et les pratiques réellesNécessite du temps dédié, souvent contraint dans les plannings de soins
Participation des équipesRemontée des situations à risque connues du terrain, appropriation collectiveSuppose un climat de confiance et un espace d'expression réel
Suivi des acquis dans le tempsVérification que les changements de pratiques sont durablesSouvent le maillon absent des plans de prévention

Construire une culture sécurité qui tient dans le temps

Articuler ces différents leviers suppose une méthode. Un établissement peut structurer sa démarche en plusieurs étapes successives, en s'appuyant sur les ressources existantes plutôt qu'en repartant de zéro.

Un plan d'action en six étapes

  1. Diagnostic partagé. Croiser le document unique d'évaluation des risques professionnels avec les retours des équipes et de la F3SCT pour identifier les risques prioritaires du moment.
  2. Ciblage des formations. Choisir les formations en fonction des risques identifiés, plutôt que de reconduire un catalogue par habitude, en s'appuyant sur le bilan ANFH 2025 : mobiliser les dispositifs de formation au bon moment de la carrière.
  3. Formation des encadrants au relais. S'assurer que les cadres de proximité comprennent le contenu des formations dispensées à leurs équipes pour pouvoir les relayer au quotidien.
  4. Mise en situation et observation. Organiser un temps d'observation du travail réel dans les semaines qui suivent la formation, avec retour individualisé.
  5. Espace de remontée des risques. Ouvrir un canal simple et régulier pour que les agents signalent les situations à risque observées, en lien avec le CSE ou la F3SCT.
  6. Suivi et ajustement. Revoir périodiquement les pratiques observées, ajuster le plan de formation suivant et communiquer les progrès constatés aux équipes.

Ce plan d'action peut s'appuyer sur des financements mobilisables via mad skills : reperer et valoriser les competences atypiques en sante pour le secteur privé et associatif, ou sur les dispositifs proposés par dispositifs médicaux numériques : construire un dossier d'évaluation robuste pour la fonction publique hospitalière, ainsi que sur les offres du CNFPT pour la fonction publique territoriale.

Une checklist pour évaluer la solidité de votre culture sécurité

  • Le plan de formation est-il construit à partir d'un diagnostic des risques réels de l'établissement, plutôt que d'un catalogue reconduit chaque année ?
  • Les cadres de proximité connaissent-ils le contenu des formations suivies par leurs équipes ?
  • Un temps d'observation du travail réel est-il prévu après les formations les plus sensibles, comme la manutention des patients ?
  • Les agents disposent-ils d'un canal simple pour signaler une situation à risque observée sur le terrain ?
  • Le CSE ou la F3SCT est-il associé au diagnostic et au suivi des actions de prévention ?
  • Un suivi des pratiques est-il organisé plusieurs semaines après la formation, en complément de l'évaluation à chaud ?
  • Les enseignements des retours d'expérience et des analyses du travail réel viennent-ils ajuster le plan de formation suivant ?

Ce que votre organisation peut faire maintenant

À 30 jours, une direction ou un service de prévention peut organiser un point avec les cadres de proximité et la F3SCT pour identifier, parmi les risques déjà répertoriés dans le document unique, ceux qui bénéficieraient le plus d'un renforcement de la formation, en priorisant les situations à fréquence ou gravité élevée.

À 90 jours, l'établissement peut mettre en place un premier cycle d'observation du travail réel après une formation ciblée, avec retour individualisé par le cadre de proximité, et ouvrir un canal simple de remontée des situations à risque pour les équipes, en cohérence avec les principes de vingt ans de loi handicap : ce que les organisations doivent encore rendre effectif.

À 180 jours, il devient possible d'évaluer les premiers effets de cette articulation entre formation, management de proximité et analyse du travail réel, d'ajuster le plan de formation suivant en conséquence, et de partager les résultats avec le CSE ou la F3SCT pour consolider la dynamique dans la durée.

Conclusion

Le communiqué de l'INRS publié le 28 avril 2026 rappelle une évidence que le terrain confirme chaque jour : sans formation, il n'y a pas de prévention. Mais l'inverse est tout aussi vrai pour les établissements de santé et médico-social, la formation seule, sans relais managérial, sans analyse du travail réel et sans participation des équipes, ne suffit pas à construire une culture sécurité qui tienne dans le temps. C'est l'articulation de ces leviers, patiemment installée et régulièrement ajustée, qui protège durablement les agents et les organisations.

Questions fréquentes

Que rappelle exactement le communiqué de l'INRS du 28 avril 2026 ?

Le communiqué, publié à l'occasion de la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, rappelle que la formation constitue un levier essentiel de prévention des risques professionnels. L'INRS y présente un tour d'horizon de ses actions et ressources pour aider les employeurs à structurer cette démarche de prévention.

Pourquoi une formation obligatoire ne suffit-elle pas à garantir la sécurité au travail ?

Une formation transmet des connaissances à un instant donné, mais elle ne garantit pas leur application durable si aucun relais managérial ni suivi n'accompagne la période qui suit. Les acquis s'estompent souvent en l'absence d'observation régulière du travail réel et de retour individualisé aux agents concernés.

Quel rôle joue le CSE ou la F3SCT dans la culture sécurité d'un établissement de santé ?

Le CSE et la F3SCT constituent un relais essentiel pour faire remonter les situations à risque observées par les équipes, contribuer au diagnostic partagé des priorités de prévention, et suivre la mise en œuvre des actions décidées, notamment la mise à jour du document unique d'évaluation des risques.

Comment le management de proximité peut-il relayer les acquis de formation ?

Le cadre de proximité, en observant le travail quotidien de son équipe, peut rappeler un point de vigilance au moment où la situation s'y prête, plutôt que d'attendre une nouvelle session de formation. Cela suppose qu'il connaisse lui-même le contenu des formations suivies par ses agents et qu'il dispose du temps nécessaire pour ce suivi.

Quels dispositifs mobiliser pour financer les actions de prévention en établissement de santé ?

Selon le statut de l'établissement, plusieurs dispositifs existent : l'OPCO Santé pour le secteur privé et associatif, l'ANFH pour la fonction publique hospitalière, et le CNFPT pour la fonction publique territoriale. Ces dispositifs peuvent accompagner à la fois les formations ciblées et le déploiement d'un plan de prévention plus large.

Comment vérifier si une culture sécurité est réellement installée dans une équipe ?

Un signe fiable est la capacité des agents à identifier spontanément les situations à risque de leur poste et à les signaler, sans attendre une injonction. Un suivi régulier des pratiques après les formations, ainsi qu'un dialogue actif avec le CSE ou la F3SCT, permettent également de mesurer la solidité de la culture sécurité dans le temps.

Questions fréquentes

Que rappelle exactement le communiqué de l'INRS du 28 avril 2026 ?
Le communiqué, publié à l'occasion de la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, rappelle que la formation constitue un levier essentiel de prévention des risques professionnels. L'INRS y présente un tour d'horizon de ses actions et ressources pour aider les employeurs à structurer cette démarche de prévention.
Pourquoi une formation obligatoire ne suffit-elle pas à garantir la sécurité au travail ?
Une formation transmet des connaissances à un instant donné, mais elle ne garantit pas leur application durable si aucun relais managérial ni suivi n'accompagne la période qui suit. Les acquis s'estompent souvent en l'absence d'observation régulière du travail réel et de retour individualisé aux agents concernés.
Quel rôle joue le CSE ou la F3SCT dans la culture sécurité d'un établissement de santé ?
Le CSE et la F3SCT constituent un relais essentiel pour faire remonter les situations à risque observées par les équipes, contribuer au diagnostic partagé des priorités de prévention, et suivre la mise en œuvre des actions décidées, notamment la mise à jour du document unique d'évaluation des risques.
Comment le management de proximité peut-il relayer les acquis de formation ?
Le cadre de proximité, en observant le travail quotidien de son équipe, peut rappeler un point de vigilance au moment où la situation s'y prête, plutôt que d'attendre une nouvelle session de formation. Cela suppose qu'il connaisse lui-même le contenu des formations suivies par ses agents et qu'il dispose du temps nécessaire pour ce suivi.
Quels dispositifs mobiliser pour financer les actions de prévention en établissement de santé ?
Selon le statut de l'établissement, plusieurs dispositifs existent : l'OPCO Santé pour le secteur privé et associatif, l'ANFH pour la fonction publique hospitalière, et le CNFPT pour la fonction publique territoriale. Ces dispositifs peuvent accompagner à la fois les formations ciblées et le déploiement d'un plan de prévention plus large.
Comment vérifier si une culture sécurité est réellement installée dans une équipe ?
Un signe fiable est la capacité des agents à identifier spontanément les situations à risque de leur poste et à les signaler, sans attendre une injonction. Un suivi régulier des pratiques après les formations, ainsi qu'un dialogue actif avec le CSE ou la F3SCT, permettent également de mesurer la solidité de la culture sécurité dans le temps.

Sources