Santé mentale, Grande cause 2025 : construire une politique d'établissement crédible
Santé mentale, QVCT et prévention Dimitri Jorand
Le ministère chargé de la Santé a présenté le 24 mars 2025 la santé mentale comme grande cause nationale 2025. Ce label ne crée aucune obligation nouvelle. Il ouvre une fenêtre pour construire une politique d'établissement sur la déstigmatisation, la prévention et l'accès aux soins, avec une gouvernance, des moyens et des indicateurs suivis.
La santé mentale a été déclarée grande cause nationale 2025 par le gouvernement, comme l'a rappelé le ministère chargé de la Santé le 24 mars 2025. Ce label ne crée aucune obligation nouvelle pour les établissements sanitaires, médico-sociaux ou les collectivités. Il ouvre en revanche une fenêtre pour construire ou consolider une politique d'établissement crédible sur la déstigmatisation, la prévention et l'accès aux soins, à condition de la traduire en gouvernance, en moyens identifiés et en indicateurs suivis dans la durée.
Ce que le ministère a annoncé le 24 mars 2025
Le 24 mars 2025, le ministère chargé de la Santé a publié une actualité présentant, en cinq questions clés, les raisons pour lesquelles la santé mentale devient grande cause nationale en 2025. Ce texte rappelle que la mobilisation vise à sensibiliser le grand public, à lutter contre la stigmatisation des troubles psychiques, à faciliter le repérage précoce et à mieux orienter vers les soins et l'accompagnement existants.
Il est important de nommer précisément ce dont il s'agit. Une grande cause nationale est une mobilisation de communication et de coordination portée par les pouvoirs publics et un collectif d'acteurs associatifs, professionnels et institutionnels. Elle ne constitue ni une loi, ni un plan opposable, ni une source d'obligations nouvelles pour les établissements. Elle amplifie une visibilité et une légitimité politique autour d'un enjeu déjà travaillé depuis plusieurs années par les pouvoirs publics, notamment via les feuilles de route successives en santé mentale et psychiatrie.
Pour un directeur d'établissement ou un responsable RH, cette distinction évite deux écueils symétriques : croire qu'une nouvelle norme s'impose du jour au lendemain, ou au contraire considérer que ce label ne change rien et ne mérite aucune traduction locale.
Déstigmatisation : une politique à part entière
La déstigmatisation figure au cœur de la grande cause 2025. Elle est souvent réduite, dans les organisations, à une campagne d'affichage ou à une journée de sensibilisation isolée. Ce niveau d'action a sa place, mais il ne constitue pas à lui seul une politique. La déstigmatisation devient crédible quand elle infuse les pratiques managériales quotidiennes, les critères de recrutement, les modalités de retour après un arrêt lié à un trouble psychique et le discours des encadrants sur la santé mentale des équipes.
Un établissement gagne à interroger ses propres représentations avant de communiquer vers l'extérieur. Le vocabulaire utilisé en interne pour parler d'un collègue en difficulté psychique, la manière dont sont traités les arrêts de travail répétés, ou la place laissée à la parole sur le sujet en réunion d'équipe, disent souvent plus que n'importe quelle affiche. Les travaux menés sur les compétences psychosociales montrent que ce travail sur les représentations et les comportements individuels s'articule utilement avec des actions collectives plus structurantes.
Prévention et accès aux soins : de la mobilisation nationale à l'organisation locale
La prévention en santé mentale se décline classiquement en trois niveaux. La prévention primaire agit sur les causes, en amont de l'apparition de troubles. La prévention secondaire vise le repérage précoce, pour intervenir avant l'aggravation d'une situation. La prévention tertiaire concerne l'accompagnement des personnes déjà touchées, pour limiter les conséquences et faciliter le maintien ou le retour dans l'emploi et dans la vie sociale.
Une politique d'établissement crédible nomme explicitement ces trois niveaux et évite de tout concentrer sur la sensibilisation, qui relève surtout du premier niveau. Elle articule des actions de prévention primaire, comme l'organisation du travail ou la formation des encadrants, avec des dispositifs de repérage et d'orientation vers les professionnels compétents, médecin traitant, psychiatre, psychologue, service de prévention et de santé au travail, ou structures spécialisées comme les centres médico-psychologiques.
L'accès aux soins reste un point de vigilance particulier dans de nombreux territoires, où les délais de rendez-vous en psychiatrie ou en pédopsychiatrie peuvent être longs. Un établissement peut structurer des parcours d'orientation clairs avec les acteurs de son territoire, connus des équipes, et entretenir des liens réguliers avec les acteurs de son territoire, CPTS, GHT, ARS, associations spécialisées.
Construire une gouvernance interne à la hauteur du label
Traduire la grande cause nationale en politique d'établissement suppose une gouvernance identifiable. Cela commence par la désignation d'un pilotage clair, qui peut s'appuyer sur la direction des ressources humaines, la qualité, ou un binôme associant ces fonctions, et qui doit être formellement légitimé plutôt que porté de manière informelle par une seule personne motivée. Ce pilotage gagne à s'articuler avec les instances existantes, notamment le CSE et la F3SCT lorsqu'elle existe, qui disposent d'une compétence naturelle sur les conditions de travail et les risques professionnels.
La question des moyens ne peut pas être éludée. Une politique sans temps dédié, sans budget de formation et sans accès facilité à des ressources d'accompagnement reste un affichage. Les démarches conduites autour du vingt ans de loi handicap : ce que les organisations doivent encore rendre effectif offrent une méthode transposable pour structurer cette politique en objectifs mesurables plutôt qu'en intentions générales.
| Niveau d'action | Ce que la grande cause encourage | Ce que l'établissement doit construire lui même |
|---|---|---|
| Sensibilisation | Communication, temps d'échange, campagnes d'information | Un discours managérial cohérent et durable, au delà d'un événement ponctuel |
| Prévention primaire | Mise en visibilité des facteurs organisationnels | Une analyse de la charge, de l'autonomie et du soutien réels dans les équipes |
| Repérage et orientation | Information sur les ressources existantes | Des circuits d'orientation connus et formalisés vers les professionnels compétents |
| Gouvernance | Une impulsion politique nationale | Un pilotage interne identifié, des moyens alloués, des indicateurs suivis |
Indicateurs : ce qui permet de vérifier qu'une politique existe réellement
Une politique d'établissement se distingue d'une déclaration d'intention par sa capacité à être suivie dans le temps. Quelques indicateurs simples permettent d'objectiver l'engagement réel : le nombre d'actions de sensibilisation réalisées et leur public touché, le taux de connaissance des dispositifs d'orientation par les équipes, l'évolution du DUERP sur le volet psychosocial, ou encore les retours qualitatifs recueillis en CSE et en F3SCT sur le climat social.
Ces indicateurs n'ont pas vocation à mesurer la santé mentale des agents de manière individuelle, ce qui serait à la fois inapproprié et contraire à la logique de prévention collective. Ils mesurent la robustesse de l'organisation mise en place. La logique déjà éprouvée pour un sécurité des patients et des résidents : les enseignements de la feuille de route 2023-2025 se transpose utilement à ce suivi, en distinguant indicateurs de moyens, indicateurs de processus et indicateurs de perception.
Deux situations concrètes
Dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées, la direction a profité de la grande cause 2025 pour organiser une session de sensibilisation destinée aux encadrants de proximité, centrée sur le repérage des signes de mal être chez les résidents comme chez les professionnels. Cette session s'est accompagnée d'une clarification écrite des circuits d'orientation vers le médecin coordonnateur, le psychologue de l'établissement et les ressources extérieures, plutôt que de rester un temps d'information isolé.
Dans une collectivité territoriale, le service RH a saisi cette même mobilisation nationale pour relancer un travail engagé de longue date sur le volet psychosocial du DUERP, resté peu actualisé. Le CSE a été associé dès le lancement, et un point d'étape a été programmé six mois plus tard pour vérifier que les actions décidées avaient bien été mises en œuvre, en cohérence avec les principes de fidélisation par la qualité de vie au travail.
Ce que votre organisation peut faire maintenant
Sans attendre une instruction complémentaire, une organisation peut engager plusieurs actions concrètes pour transformer la mobilisation nationale en politique locale. Elle peut désigner un pilotage clair de la politique santé mentale, associant RH, qualité et représentants du personnel. Elle peut vérifier que le volet psychosocial du DUERP est à jour et discuté en CSE ou en F3SCT, en cohérence avec les travaux déjà engagés sur la methode DESC : maitriser la CNV en un clin d'oeil pour recadrer sans braquer lorsqu'elle existe.
Elle peut également formaliser des circuits d'orientation connus de tous les professionnels, et prévoir un plan de formation ciblé, par exemple sur la posture à adopter face à une situation de crise, en s'appuyant sur des ressources dédiées comme celles développées autour de la expositions psychosociales : ce que la synthèse INRS change pour la prévention pour les établissements concernés, ou sur une offre de bilan ANFH 2025 : mobiliser les dispositifs de formation au bon moment de la carrière adaptée à son secteur.
- Nommer un pilotage clair de la politique santé mentale, légitimé par la direction.
- Associer le CSE et la F3SCT dès le lancement de la démarche.
- Actualiser le volet psychosocial du DUERP à partir d'une analyse organisationnelle.
- Formaliser des circuits d'orientation connus vers les professionnels compétents.
- Planifier des actions de sensibilisation inscrites dans la durée, pas isolées.
- Former les encadrants de proximité au repérage et à la juste posture.
- Définir des indicateurs de suivi de moyens, de processus et de perception.
- Programmer un point d'étape formel dans les six à douze mois.
- Un pilotage nommé porte la politique santé mentale de l'établissement.
- Le CSE ou la F3SCT a été associé et informé de la démarche.
- Le DUERP intègre une analyse actualisée des facteurs psychosociaux.
- Des circuits d'orientation vers les professionnels compétents sont connus des équipes.
- Des actions de sensibilisation sont programmées dans la durée, pas en un seul temps fort.
- Les encadrants ont reçu une formation adaptée au repérage et à la posture d'écoute.
- Des indicateurs de suivi existent et sont présentés aux instances.
- Un point d'étape est prévu pour vérifier la mise en œuvre effective des actions.
Pour approfondir la démarche
Structurer une politique santé mentale gagne à s'appuyer sur des méthodes déjà éprouvées ailleurs dans l'établissement. Le vingt ans de loi handicap : ce que les organisations doivent encore rendre effectif fournit une trame de diagnostic transposable. Les travaux sur la plan Osez l'IA : construire un parcours d'adoption utile pour une organisation de santé apportent des repères concrets sur les facteurs organisationnels à surveiller. Enfin, les principes de fidélisation RH rappellent que la santé mentale des équipes est un déterminant direct de l'attractivité et de la stabilité des collectifs de travail.
Conclusion
La grande cause nationale 2025 offre une opportunité de légitimation politique pour un sujet que beaucoup d'établissements travaillent déjà, parfois sans le nommer clairement. Elle ne crée aucune obligation nouvelle, mais elle donne un cadre favorable pour formaliser une gouvernance, allouer des moyens et suivre des indicateurs. Les organisations qui en tireront le plus de bénéfice sont celles qui transformeront cette mobilisation en politique d'établissement documentée, pilotée et évaluée dans la durée, plutôt qu'en un temps de communication isolé.
Questions fréquentes
La grande cause nationale 2025 crée t elle de nouvelles obligations pour les établissements ?
Non. Il s'agit d'une mobilisation de sensibilisation et de coordination portée par les pouvoirs publics, pas d'une loi ni d'un plan opposable. Aucune obligation nouvelle n'en découle pour les établissements ou les employeurs.
Comment distinguer sensibilisation et prévention en santé mentale ?
La sensibilisation vise à informer et à déstigmatiser. La prévention agit sur les causes, primaire, secondaire ou tertiaire selon le niveau visé. Une politique crédible articule les deux, sans réduire la seconde à la première.
Qui doit piloter une politique santé mentale dans un établissement ?
Un pilotage clair, souvent porté par la direction des ressources humaines et la fonction qualité, associé au CSE et à la F3SCT lorsqu'elle existe, est plus solide qu'une initiative informelle portée par une seule personne.
Que faire face à un agent qui évoque des idées suicidaires ?
La posture attendue est l'écoute et l'orientation, jamais le diagnostic. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cas d'urgence vitale, il faut appeler le 15.
Quels indicateurs suivre pour vérifier qu'une politique santé mentale existe réellement ?
Des indicateurs de moyens, comme les actions réalisées, de processus, comme la mise à jour du DUERP, et de perception, comme les retours en CSE, permettent d'objectiver l'engagement sans jamais mesurer la santé mentale individuelle des agents.
La grande cause 2025 concerne t elle uniquement les établissements de santé ?
Non. Elle concerne largement les établissements sanitaires et médico-sociaux, les collectivités, les associations et plus généralement tout employeur soucieux de la santé mentale de ses équipes et des personnes accompagnées.
Faut il attendre un texte officiel pour agir localement ?
Non. La mobilisation nationale peut servir de point d'appui pour formaliser dès maintenant une politique locale, sans attendre un texte complémentaire qui n'est ni annoncé ni nécessaire pour agir.
Questions fréquentes
- La grande cause nationale 2025 crée t elle de nouvelles obligations pour les établissements ?
- Non. Il s'agit d'une mobilisation de sensibilisation et de coordination portée par les pouvoirs publics, pas d'une loi ni d'un plan opposable. Aucune obligation nouvelle n'en découle pour les établissements ou les employeurs.
- Comment distinguer sensibilisation et prévention en santé mentale ?
- La sensibilisation vise à informer et à déstigmatiser. La prévention agit sur les causes, primaire, secondaire ou tertiaire selon le niveau visé. Une politique crédible articule les deux, sans réduire la seconde à la première.
- Qui doit piloter une politique santé mentale dans un établissement ?
- Un pilotage clair, souvent porté par la direction des ressources humaines et la fonction qualité, associé au CSE et à la F3SCT lorsqu'elle existe, est plus solide qu'une initiative informelle portée par une seule personne.
- Que faire face à un agent qui évoque des idées suicidaires ?
- La posture attendue est l'écoute et l'orientation, jamais le diagnostic. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cas d'urgence vitale, il faut appeler le 15.
- Quels indicateurs suivre pour vérifier qu'une politique santé mentale existe réellement ?
- Des indicateurs de moyens, comme les actions réalisées, de processus, comme la mise à jour du DUERP, et de perception, comme les retours en CSE, permettent d'objectiver l'engagement sans jamais mesurer la santé mentale individuelle des agents.
- La grande cause 2025 concerne t elle uniquement les établissements de santé ?
- Non. Elle concerne largement les établissements sanitaires et médico-sociaux, les collectivités, les associations et plus généralement tout employeur soucieux de la santé mentale de ses équipes et des personnes accompagnées.
- Faut il attendre un texte officiel pour agir localement ?
- Non. La mobilisation nationale peut servir de point d'appui pour formaliser dès maintenant une politique locale, sans attendre un texte complémentaire qui n'est ni annoncé ni nécessaire pour agir.