Semaines d'information sur la santé mentale : faire du lien social une action durable
Santé mentale, QVCT et prévention Dimitri Jorand
Le ministère de la Santé a rappelé le 6 octobre 2025 les priorités des semaines d'information sur la santé mentale (SISM) 2025, centrées sur le lien social. Participation des personnes concernées, pair-aidance, partenariats locaux et mesure des effets dans la durée : comment transformer un temps fort annuel en dynamique durable.
Les semaines d'information sur la santé mentale (SISM) donnent un cadre national pour parler de santé mentale sans tabou, mais leur valeur réelle se joue après la semaine elle-même. Le ministère de la Santé a rappelé le 6 octobre 2025 les priorités de l'édition 2025, autour du lien social. Pour un établissement, une collectivité ou une association, l'enjeu est de transformer un temps fort ponctuel en dynamique durable : participation des personnes concernées, pair-aidance, partenariats locaux et suivi des effets dans la durée.
Ce que le ministère de la Santé a communiqué le 6 octobre 2025
Le 6 octobre 2025, le ministère chargé de la Santé a mis en avant les semaines d'information sur la santé mentale 2025, un rendez-vous national annuel de sensibilisation porté par un collectif d'acteurs de la santé mentale, avec l'appui des pouvoirs publics. Cette communication rappelle les objectifs de l'événement : informer, déstigmatiser, et donner la parole aux personnes concernées et à leurs proches.
Il s'agit d'une campagne de sensibilisation nationale, pas d'un texte réglementaire ni d'un plan de santé publique opposable. Elle ne crée aucune obligation pour les établissements ou les collectivités. Elle offre en revanche un cadre commun, des ressources partagées et une occasion de mobiliser des partenaires qui ne se parlent pas toujours le reste de l'année.
Pour les professionnels du secteur sanitaire et médico-social, les collectivités et les associations, la question utile porte autant sur « que faire pendant la semaine » que sur « que reste-t-il après ». C'est cet angle que ce texte développe, sans se limiter à une description de l'événement.
Faire de la semaine un point de départ durable
La tentation la plus fréquente consiste à concentrer toute l'énergie disponible sur l'organisation d'un événement ponctuel : une conférence, un stand d'information, une exposition. Ce format a sa place, mais il produit peu d'effet durable s'il n'est relié à aucune action avant ni après. Une semaine d'information gagne à être pensée comme le point visible d'un travail engagé en amont et poursuivi en aval, plutôt que comme une parenthèse isolée dans le calendrier institutionnel.
Concrètement, cela suppose d'identifier, avant la semaine, ce que l'organisation souhaite faire évoluer durablement : une meilleure connaissance des ressources locales par les équipes, une orientation plus fluide vers les structures de soin, une réduction des représentations stigmatisantes dans le discours interne, ou encore la structuration d'un groupe de pairs-aidants. La semaine sert alors de lancement ou d'accélération à des actions appelées à durer.
Cette logique rejoint les principes déjà présentés dans notre article sur la patient partenaire : passer du principe aux pratiques observables dans l'établissement, où l'événementiel n'a de sens que rattaché à un plan structuré dans la durée.
Faire une vraie place à la participation des personnes concernées
Un des apports majeurs des SISM tient à la place donnée aux personnes concernées par des troubles psychiques, à leurs proches et aux pairs-aidants. Cette participation dépasse l'invitation à un témoignage lors d'une table ronde. Elle peut structurer la conception même des actions : associer des personnes concernées à la préparation du programme local, recueillir leur avis sur les messages diffusés, ou leur confier l'animation de certains temps d'échange.
La pair-aidance, c'est-à-dire l'accompagnement par des personnes ayant elles-mêmes traversé des troubles psychiques et formées à ce rôle, occupe une place croissante dans les dispositifs de santé mentale. Elle ne se substitue ni au suivi médical ni à l'accompagnement social, mais elle apporte une crédibilité et une écoute que d'autres formats n'offrent pas toujours. Un établissement ou une collectivité qui envisage de mobiliser des pairs-aidants gagne à clarifier en amont leur rôle, leur cadre d'intervention et l'articulation avec les équipes professionnelles.
S'appuyer sur les partenariats locaux : CLSM, associations, collectivités
Les semaines d'information prennent une autre dimension lorsqu'elles s'appuient sur des partenariats déjà constitués localement. Les conseils locaux de santé mentale (CLSM), lorsqu'ils existent sur un territoire, rassemblent élus, professionnels de santé, représentants d'usagers et acteurs sociaux autour d'un diagnostic partagé des besoins en santé mentale. Ils constituent un point d'appui naturel pour coordonner une programmation locale cohérente plutôt qu'une juxtaposition d'initiatives isolées.
Les associations d'usagers et de familles, les centres médico-psychologiques, les structures d'insertion, les CPTS et les collectivités territoriales disposent chacun de relais et de publics différents. Une collectivité qui organise seule un forum santé mentale touche rarement le même public qu'une action co-construite avec les associations locales et les professionnels de santé. La coordination demande du temps, mais elle évite la dispersion des moyens et renforce la légitimité des messages diffusés.
Un établissement sanitaire ou médico-social qui s'inscrit dans une dynamique de CLSM peut, par exemple, mutualiser une partie de sa programmation avec d'autres structures du territoire, ce qui permet de toucher des publics qu'il n'atteindrait pas seul, notamment des personnes éloignées du soin.
Deux situations concrètes
Dans un établissement de santé mentale, l'équipe de communication a profité des SISM 2025 pour organiser, avec l'appui d'un CLSM voisin, une rencontre associant des pairs-aidants, des familles et des professionnels autour de parcours de rétablissement. Cette rencontre a servi de point de départ à un groupe de parole mensuel, maintenu bien après la semaine, animé conjointement par un pair-aidant formé et un professionnel de l'établissement.
Dans une commune de taille moyenne, le service santé de la collectivité a coordonné son action avec une association locale de familles et le centre médico-psychologique du secteur. Plutôt que d'organiser un événement isolé, la collectivité a inscrit sa contribution dans un programme partagé, avec une répartition claire des rôles, et a profité de l'occasion pour cartographier les ressources locales disponibles, cartographie ensuite diffusée aux agents municipaux en contact avec le public.
| Dimension | Limite d'un format ponctuel | Action à privilégier pour un effet durable |
|---|---|---|
| Participation | Témoignage isolé sans préparation ni suite | Association des personnes concernées à la conception et à l'animation |
| Pair-aidance | Intervention ponctuelle non articulée aux équipes | Rôle clarifié, cadre défini, lien continu avec les professionnels |
| Partenariats | Initiatives isolées et redondantes sur un même territoire | Coordination via un CLSM ou une programmation partagée |
| Suivi | Aucune mesure après l'événement | Indicateurs simples suivis sur plusieurs mois |
Mesurer les effets au-delà de la semaine
Un temps fort de sensibilisation se mesure rarement bien par le nombre de participants le jour même. Ce chiffre renseigne sur la fréquentation, pas sur l'effet réel. Il est plus utile de suivre, dans les mois qui suivent, quelques indicateurs simples : le nombre de sollicitations vers les ressources d'orientation présentées pendant la semaine, la poursuite ou non des actions engagées à cette occasion, comme un groupe de parole ou un partenariat, ou encore l'évolution des demandes internes de formation sur la santé mentale de la part des équipes.
Cette exigence de suivi rejoint des logiques déjà développées dans notre article sur l'développer et évaluer une IA en santé : les précautions attendues par la CNIL, où la mesure ne s'arrête pas à la satisfaction immédiate des participants. Sans être ambitieux, un suivi qualitatif, même simple, permet de distinguer une action qui a laissé une trace de celle qui n'a produit qu'un effet d'annonce.
Ce que votre organisation peut faire maintenant
Sans attendre la prochaine édition, une organisation peut engager plusieurs actions. Elle peut recenser les partenaires locaux pertinents, CLSM, associations, CPTS, collectivités, et prendre contact en dehors de la période de préparation immédiate de l'événement. Elle peut identifier des personnes concernées ou des pairs-aidants susceptibles d'être associés à la conception d'actions futures, en clarifiant dès le départ leur rôle et leur cadre d'intervention.
Elle peut également profiter de cette dynamique pour renforcer les compétences internes sur les compétences psychosociales, qui outillent les équipes au-delà d'un seul temps fort annuel. Enfin, elle peut définir, avant la prochaine édition, deux ou trois indicateurs simples de suivi, afin de mesurer les effets réels plutôt que la seule fréquentation d'un événement. Quand ces actions modifient durablement des habitudes de travail, elles gagnent à être portées comme une décret tertiaire : fiabiliser les surfaces avant de piloter la performance énergétique, avec un pilotage identifié et des étapes annoncées aux équipes.
- Recenser les partenaires locaux existants : CLSM, associations, CPTS, collectivités.
- Identifier des personnes concernées ou des pairs-aidants susceptibles d'être associés.
- Définir un objectif de fond au-delà de la semaine, par exemple l'orientation ou la déstigmatisation.
- Co-construire le programme avec les partenaires plutôt que de l'organiser seul.
- Clarifier le rôle et le cadre d'intervention des pairs-aidants et des personnes concernées.
- Organiser l'événement en le reliant explicitement à des actions déjà engagées.
- Définir deux ou trois indicateurs simples de suivi post-événement.
- Faire un point de suivi plusieurs mois après pour mesurer les effets réels.
- Un objectif de fond, au-delà de l'événement, est formalisé avant la préparation.
- Des partenaires locaux ont été identifiés et sollicités en amont.
- Des personnes concernées ou des pairs-aidants participent à la conception du programme.
- Le rôle des pairs-aidants est clarifié et articulé avec les équipes professionnelles.
- La programmation est coordonnée avec d'autres acteurs du territoire, notamment via un CLSM.
- Des indicateurs simples de suivi ont été définis avant l'événement.
- Un point de suivi est planifié plusieurs mois après la semaine.
- Les ressources d'orientation et le 3114 sont clairement communiqués pendant l'action.
Pour approfondir la démarche
Les semaines d'information sur la santé mentale s'inscrivent dans une réflexion plus large sur la prévention et la qualité de vie au travail. Nos repères sur la plan Osez l'IA : construire un parcours d'adoption utile pour une organisation de santé aident à situer les enjeux de santé mentale des équipes elles-mêmes, au-delà des publics accompagnés. La prévention du suicide au travail : organiser prévention, intervention et postvention apporte des repères complémentaires pour les équipes en contact avec des situations de crise. Enfin, structurer une dynamique de management qui soutient ces initiatives dans la durée rejoint les principes développés dans notre article sur les clés du management efficace dans le secteur de la santé.
Conclusion
Les semaines d'information sur la santé mentale 2025, rappelées par le ministère de la Santé le 6 octobre 2025, offrent un cadre national utile pour sensibiliser et déstigmatiser. Leur portée réelle dépend cependant de ce que chaque organisation en fait avant et après l'événement. Associer les personnes concernées, structurer la place de la pair-aidance, s'appuyer sur des partenariats locaux stables et mesurer les effets dans la durée transforment un rendez-vous annuel en un véritable levier d'action durable sur le lien social.
Questions fréquentes
Les SISM sont-elles une obligation pour les établissements ou les collectivités ?
Non. Il s'agit d'une campagne nationale de sensibilisation portée par un collectif d'acteurs de la santé mentale, avec l'appui des pouvoirs publics. Aucune obligation réglementaire n'est attachée à cet événement pour les établissements, collectivités ou associations.
Comment associer réellement les personnes concernées à une action SISM ?
Il est utile de les impliquer dès la conception du programme, au-delà d'un témoignage ponctuel, et de prévoir un temps de préparation avec elles. Un cadre clair, respectueux de leur rythme, améliore la qualité de leur participation.
Qu'est-ce qu'un conseil local de santé mentale (CLSM) ?
Un CLSM rassemble sur un territoire des élus, des professionnels de santé, des représentants d'usagers et des acteurs sociaux autour d'un diagnostic partagé des besoins en santé mentale. Il constitue un point d'appui pour coordonner des actions locales, dont les SISM.
Quel rôle peut jouer un pair-aidant lors des SISM ?
Un pair-aidant formé peut animer des temps d'échange, apporter un témoignage structuré ou accompagner des groupes de parole. Son intervention s'articule avec les équipes professionnelles et ne remplace ni le suivi médical ni l'accompagnement social.
Comment mesurer l'impact d'une action menée pendant les SISM ?
Il est plus utile de suivre, plusieurs mois après, des indicateurs simples, comme la poursuite d'une action engagée ou le nombre de sollicitations vers des ressources d'orientation, plutôt que le seul nombre de participants le jour de l'événement.
Que faire en cas de détresse psychique identifiée pendant une action de sensibilisation ?
Il convient d'orienter la personne vers un professionnel de santé compétent, son médecin traitant ou un service spécialisé. Le 3114, numéro national de prévention du suicide gratuit et disponible 24h/24 et 7j/7, et le 15 en cas d'urgence vitale doivent être rappelés.
Faut-il attendre la prochaine édition des SISM pour engager des partenariats locaux ?
Non. Prendre contact avec les partenaires locaux, CLSM, associations, CPTS ou collectivités, en dehors de la période de préparation immédiate de l'événement permet de construire une programmation plus solide et mieux coordonnée.
Questions fréquentes
- Les SISM sont-elles une obligation pour les établissements ou les collectivités ?
- Non. Il s'agit d'une campagne nationale de sensibilisation portée par un collectif d'acteurs de la santé mentale, avec l'appui des pouvoirs publics. Aucune obligation réglementaire n'est attachée à cet événement pour les établissements, collectivités ou associations.
- Comment associer réellement les personnes concernées à une action SISM ?
- Il est utile de les impliquer dès la conception du programme, au-delà d'un témoignage ponctuel, et de prévoir un temps de préparation avec elles. Un cadre clair, respectueux de leur rythme, améliore la qualité de leur participation.
- Qu'est-ce qu'un conseil local de santé mentale (CLSM) ?
- Un CLSM rassemble sur un territoire des élus, des professionnels de santé, des représentants d'usagers et des acteurs sociaux autour d'un diagnostic partagé des besoins en santé mentale. Il constitue un point d'appui pour coordonner des actions locales, dont les SISM.
- Quel rôle peut jouer un pair-aidant lors des SISM ?
- Un pair-aidant formé peut animer des temps d'échange, apporter un témoignage structuré ou accompagner des groupes de parole. Son intervention s'articule avec les équipes professionnelles et ne remplace ni le suivi médical ni l'accompagnement social.
- Comment mesurer l'impact d'une action menée pendant les SISM ?
- Il est plus utile de suivre, plusieurs mois après, des indicateurs simples, comme la poursuite d'une action engagée ou le nombre de sollicitations vers des ressources d'orientation, plutôt que le seul nombre de participants le jour de l'événement.
- Que faire en cas de détresse psychique identifiée pendant une action de sensibilisation ?
- Il convient d'orienter la personne vers un professionnel de santé compétent, son médecin traitant ou un service spécialisé. Le 3114, numéro national de prévention du suicide gratuit et disponible 24h/24 et 7j/7, et le 15 en cas d'urgence vitale doivent être rappelés.
- Faut-il attendre la prochaine édition des SISM pour engager des partenariats locaux ?
- Non. Prendre contact avec les partenaires locaux, CLSM, associations, CPTS ou collectivités, en dehors de la période de préparation immédiate de l'événement permet de construire une programmation plus solide et mieux coordonnée.