CREX ou RMM : quelle méthode choisir après un événement indésirable ?
Qualité et sécurité des soins Dimitri Jorand Gérant de DEMETER SANTE
Le CREX est une instance qui traite régulièrement les événements déclarés dans une équipe, la RMM une méthode d'analyse collective de cas, souvent médicale. Leur tronc commun, une grille de choix et le suivi des actions.
Il n'y a pas à choisir entre CREX et RMM comme entre deux méthodes rivales. Le comité de retour d'expérience (CREX) est une instance qui se réunit régulièrement pour traiter les événements déclarés dans un secteur et décider d'actions. La revue de mortalité et de morbidité (RMM) est une méthode d'analyse collective, rétrospective et systémique de cas, historiquement portée par les équipes médicales. Les deux reposent sur la même logique : comprendre les causes profondes sans chercher de coupable, puis suivre des actions. Le choix dépend surtout de l'événement, de l'équipe concernée et du dispositif déjà en place.
Ce que dit la HAS en 2026
La HAS a mis à jour en 2026 son guide « L'analyse des événements indésirables associés aux soins (EIAS) : mode d'emploi », validé en avril 2026 et mis en ligne le 16 avril 2026. Cette actualisation fait suite à la publication du protocole de Londres en 2024 et à l'actualisation de la grille ALARM qui en découle. La HAS y constate qu'une part importante des déclarations d'événements indésirables graves reçues reste peu exploitable faute d'une analyse suffisante des causes, et que la pluralité des méthodes de retour d'expérience peut dérouter les équipes.
La page de la HAS consacrée à la revue de mortalité et de morbidité, actualisée en juillet 2026, la décrit comme une méthode de gestion des risques qui permet aussi une évaluation et une amélioration des pratiques, sous la forme d'une analyse collective, rétrospective et systémique de cas.
Le tronc commun : l'analyse systémique
Quelle que soit l'instance, une analyse utile suit les mêmes étapes :
- Reconstituer la chronologie des faits, sans interprétation.
- Identifier les écarts et les causes immédiates.
- Rechercher les causes profondes à l'aide d'une grille qui explore plusieurs niveaux (patient, tâche, individu, équipe, environnement, organisation, institution). La grille ALARM, actualisée, sert de référence à la HAS.
- Repérer les barrières qui ont fonctionné ou non.
- Décider d'actions avec un responsable et une échéance.
- Suivre et évaluer ces actions, puis communiquer les enseignements.
Le principe est constant : on analyse un système de soins, pas la faute d'une personne. Sans ce climat de confiance, les déclarations se tarissent.
CREX : une instance de proximité
Un CREX réunit, à intervalle régulier, une équipe pluriprofessionnelle d'un secteur (un pôle, un bloc, une filière). Il examine les événements déclarés, en choisit un ou plusieurs à analyser en profondeur, décide d'actions et en assure le suivi. Sa force est la régularité et la proximité avec le terrain. Il convient bien aux événements récurrents ou organisationnels : erreurs d'identification, ruptures de circuit, défauts de transmission.
RMM : l'analyse approfondie d'un cas
Une RMM part d'un cas marqué par un décès, une complication ou un événement qui aurait pu causer un dommage. Elle est souvent animée par l'équipe médicale d'une spécialité, idéalement ouverte aux paramédicaux. Elle convient bien lorsqu'un raisonnement clinique ou une prise en charge médicale est au cœur de l'événement, et elle peut s'inscrire dans une démarche d'évaluation des pratiques.
Grille de choix proposée
La grille suivante est une aide à la décision proposée par DEMETER SANTE. Elle ne remplace pas l'organisation définie par l'établissement.
- L'événement touche surtout une décision médicale ou un raisonnement clinique : RMM de la spécialité concernée, avec les paramédicaux impliqués.
- L'événement touche un circuit, une interface ou une organisation : CREX du secteur.
- L'événement concerne plusieurs services : analyse commune, portée par la coordination de la gestion des risques, avec les instances concernées.
- Il s'agit d'un événement indésirable grave associé aux soins : l'analyse suit les obligations de déclaration et le circuit défini par l'établissement, quel que soit le cadre choisi pour l'analyse.
- Aucune instance n'existe dans le secteur : commencer par une analyse ponctuelle bien menée plutôt que créer une instance sans ressources.
Suivre les actions : là où beaucoup de démarches s'arrêtent
Une analyse sans suivi décourage les équipes. Quelques règles simples :
- Un tableau unique des actions, partagé entre les instances, évite les doublons.
- Chaque action a un responsable, une échéance et un critère d'efficacité.
- Un retour est fait aux déclarants et à l'équipe, même quand l'action n'a pas pu aboutir.
Exemple illustratif
Situation fictive : un patient reçoit une dose d'anticoagulant prévue pour un autre patient, sans conséquence grave. Le CREX du pôle analyse l'événement et identifie un défaut d'identification lors de la préparation et une interruption fréquente à ce moment. Dans le même mois, une complication hémorragique chez un autre patient fait l'objet d'une RMM de l'équipe médicale, centrée sur l'adaptation du traitement. Les deux analyses alimentent le même tableau d'actions de la gestion des risques.
Limites
Cet article ne décrit pas les obligations de déclaration des événements indésirables graves, qui relèvent des textes et des procédures de l'établissement. La grille de choix est indicative. D'autres méthodes existent (revue des erreurs liées aux médicaments, analyses de processus) et peuvent être plus adaptées selon les cas.
Questions fréquentes
Quelle est la différence principale entre CREX et RMM ?
Le CREX est une instance régulière d'un secteur qui traite les événements déclarés. La RMM est une méthode d'analyse collective d'un cas, souvent médicale.
Faut-il utiliser la grille ALARM dans les deux cas ?
La HAS en fait une référence pour l'analyse des causes. Une RMM ou un CREX peut s'appuyer sur elle ou sur une grille équivalente.
Une RMM peut-elle inclure les paramédicaux ?
Oui, et c'est souhaitable lorsque l'événement implique plusieurs professions.
Comment éviter la recherche de coupable ?
En analysant le système (tâche, équipe, organisation) plutôt que la personne, et en garantissant la confidentialité des échanges.
Que faire des actions décidées ?
Les inscrire dans un tableau de suivi partagé, avec un responsable, une échéance et un retour aux équipes.
Pour aller plus loin
Voir aussi nos articles sur la culture de sécurité durable, le pilotage de la qualité pour la certification et les enseignements de la feuille de route sécurité des patients. Pour former vos équipes, vous pouvez nous contacter ou consulter le catalogue de formations DEMETER SANTE (PDF).
Article rédigé par Dimitri Jorand, DEMETER SANTE. Informations vérifiées le 27 septembre 2026.